Archives de octobre 2010

De Vigdís à Pauline

Pour souligner les 35 ans de la "grève des femmes" et les 30 ans de l’élection de Vigdís Finnbogadóttir à la présidence, le journaliste islandais Ragnar Santos a produit un documentaire sur la campagne électorale de 1980. Documentaire que j’ai regardé ce soir ici.

En un mot: choquant.

J’ai vraiment eu un choc en voyant les images d’archives. Les féministes disent toujours du bien des pays scandinaves, les Islandais eux-mêmes sont très prompts à déclarer leur société comme égalitaire, j’espère que ce sera un éveil à ceux qui pensent que ça a toujours été comme ça!

Un rappel: les Islandaises ont eu le droit de vote assez rapidement, en 1915, mais en date de 1980, il n’y avait encore eu aucune femme ministre ou maire d’une ville.

Alors, les archives de la campagne électorale sont éloquentes: beaucoup se demandaient ce qu’une femme faisait là. Les journaux comme ses 3 opposants lui rappelaient d’ailleurs sans cesse: la place d’une femme est à la maison, comment une femme non-mariée pourrait devenir chef d’État, une femme à la résidence du président ne peut être que la maîtresse de maison…

On pourrait penser que Vigdis a gagné par la division du vote mais comme elle a fait 4 mandats, dont deux où elle a été réélue par acclamation, on doit admettre que son sexe ne dérangeait plus grand monde après son élection. Vingt-neuf ans plus tard, l’élection d’une lesbienne à la tête du gouvernement, sans que son orientation sexuelle ne soit mentionnée une fois dans la campagne, prouvait bien que l’Islande était passée à un autre stade.

Mais bon, tout ça pour dire que la prochaine fois où j’entends quelqu’un dire que Pauline Marois n’est pas au pouvoir parce qu’elle est une femme, je vais lui suggérer d’appeller Vigdis à Reykjavik. Elle pourra leur dire c’est quoi, une campagne électorale sexiste!

S’en prendre aux riches, ça passe mieux…

Angela Merkel et son équipe coupent. Parmi les mesures annoncées figurent l’abolition des allocations pour congés parentaux (Elterngeld) aux prestataires d’aide sociale (Hartz IV).

Le ministère fédéral de la famille justifie le geste d’une manière très simple: ces gens, 50000 mères monoparentales et 85000 couples, ne travaillent pas donc ils n’ont pas à recevoir une aide financière pour rester à la maison élever leur enfant. Une économie de 600 millions d’Euro (coupures totales 13 milliards).

Voilà qui est logique. Cependant, la mesure est mal reçue dans les groupes communautaires puisque ces familles avaient bien besoin de cet argent pour joindre les deux bouts. Ceci dit, on parle depuis un moment que les sommes allouées aux enfants devraient être mieux calculées, c’est peut-être le moment de le faire.

Afin de faire taire les critiques, le gouvernement fédéral a décidé d’abolir l’Elterngeld aux parents payant la "Reichensteuer", les gens qui gagnent plus de 250000€ par an.

Une mesure populaire, applaudie par ceux qui dénoncent l’injustice commise envers les Hartz IV, mais qui dans les faits ne touche que 2200 foyers.

Difficile de trouver un meilleur exemple de Symbolpolitik…

SD

La France et l’Allemagne: la Cigale et la Fourmi?

Le Sénat français a, sans surprise, adopté la réforme sur l’âge de la retraite qui passe officiellement de 60 à 62 ans. Quelle savoureuse ironie de lire sur cette décision dans la presse scandinave, région où travailleurs et patrons sont prêts à tout pour conserver la viabilité de leur système (et non pas leurs acquis, ce n’est pas la même chose!). Par exemple, à 65 ans, l’Islandais ne prend que sa pré-retraite alors que le Français est à la maison depuis 5 ans.

En Allemagne, malgré l’opposition à l’intérieur du SPD, la coalition CDU-SPD a augmenté progressivement l’âge de la retraite à 67 ans, de façon à assurer la pérennité du système de pension mis en place par Otto von Bischmark à l’époque de l’unification du pays. Il y a bien eu des manifestations mais aucunement de l’ampleur de celles connues en France, d’ailleurs en Allemagne la loi interdit les "grèves politiques": on ne peut sortir en grève que par rapport à sa convention collective.

Les jeunes et les chômeurs allemands ont les même plaintes que les Français: pourquoi travailler plus, il y a même pas de travail. Sauf qu’il est mal avisé de blâmer le chômage sur la lenteur des départs à la retraite, la France et l’Allemagne étant toutes deux royalement inflexibles au niveau de l’emploi, ce qui bien évidemment rend les entreprises plus frileuses dans le domaine des ressources humaines.

Force est de constater également que ça s’inscrit dans une perspective plus large. Dernièrement, il a été annoncé qu’Eurostar commandait des trains Siemens, ce qui a fait rager la classe politique et les médias français. Une colère qui en cache une autre, dixit les observateurs de l’UE.

Car pour voir si Siemens pourrait avoir le contrat, il a fallu amener un ICE de Deutsche Bahn dans le tunnel sous la Manche. Le succès du test a immanquablement eu des échos dans la grande tour DB sur Potsdamer Platz: et si Deutsche Bahn reliait l’Allemagne à Londres directement, sans que les voyageurs aient à transiter par Bruxelles ou Paris?

On recule la loupe encore un peu. Malgré les directives européennes, la France s’obtine à garder ses monopoles d’État. Paris ne manque jamais d’excuses pour expliquer qu’EDF, la SNCF, la Poste soient encore sous son aile. Rappelez-vous la crise des suicides à France Telecom, que les travailleurs ont mis sur le dos de la privatisation de l’entreprise?

À la même époque, l’Allemagne a écouté Bruxelles et s’est désengagée. Deutsche Telekom et Deutsche Post sont entrées en bourse, l’électricité a été complètement privatisée et dérèglementée. Il ne reste que Deutsche Bahn a capitaliser, mais celle-ci a vu son monopole remis en question sur plusieurs lignes, notamment locales. DB a commencé à investir à l’étranger, sa division bâtiment opère des gares britanniques.

Deutsche Telekom est présente un peu partout en Europe, même aux États-Unis avec son service T-Mobile. La Post, déjà soumise à la concurrence en Allemagne, attend impatiemment d’avoir le droit d’ouvrir des bureaux un peu partout dans l’UE. Et vous connaissez tous sa division messagerie DHL!

D’un côté, on voit que les sociétés publiques françaises ont peur d’affronter la concurrence. Peur que ne partagent pas les sociétés allemandes, probablement parce qu’elles étaient gérées davantage comme des entreprises que des ministères.

On peut même ajouter le taux de change. L’Allemagne favorise un Euro fort avec son titre d’exportateur numéro deux au monde, la France préfère une monnaie européenne faible et accuse l’Allemagne de lui nuire en rendant ses produits moins compétitifs.

La tendance est donc facile à observer: tandis que la France s’accroche à son passé des Trente Glorieuses, l’Allemagne ne cherche pas à se défiler devant les défis du 21ième siècle et cherche à trouver des solutions pour conserver sa prospérité.

Pour les Allemands comme les Scandinaves, la fin justifie les moyens: si on veut rester riches, il faut s’arranger pour le rester. Pas se battre pour ne pas changer quand tout change autour de nous.

Spiegel

Cette Norvège que les Modélistes ne veulent pas voir

Ah la Norvège, ce pays si merveilleux qu’on jurerait qu’il n’existe que dans les rêves de Léo-Paul Lauzon…

Une étude de l’UBS (ici) révèle que le pouvoir d’achat des habitants d’Oslo n’est pas très bon malgré les hauts salaires versés en Norvège. La raison? Les prix élevés et le fait que la majorité de l’argent des Norvégiens se ramasse dans les caisses de l’État et non pour acheter des biens de consommation. Explications

La richesse collective des Norvégiens ne fait pas de doute, par contre quand on nuit au pouvoir d’achat des citoyens, on a franchi une ligne qui devrait faire réfléchir. Parce que c’est la somme des richesses individuelles qui devrait faire une société riche, et non l’inverse.

Dans un total autre registre, on apprend que la NRK a reçu 200 appels de plaintes concernant une série pas encore diffusée, appellée Trekant (Trip à trois), sur la sexualité des jeunes adultes de 2010.

Qui envoie les plaintes? Non pas le lobby féministe. Des téléspectateurs de la chaine chrétienne Visjon Norge. NRK

Personnellement, ça me fait plutôt rire de voir ça mais, en même temps, je suis bien conscient que ça ne fait aucunement partie de l’image de la Norvège diffusée par ceux qui penchent à gauche!

Derteil, le p’tit gars à sa maman :P

J’ai manqué le RLQ après avoir été invité à une entrevue pour une ligne de croisières à Toronto. Comme vous le savez, mon père ne manquant jamais une ride, il s’est invité.

Nous sommes au restaurant ce dimanche, et bon en attendant mon assiette je prends mon téléphone et j’appelle ma mère qui est impatiente de savoir si ça s’est bien passé. Je lui demande ce qu’elle fait.

- J’écoute Tout le Monde en parle, c’est le fasciste avec Christine Saint-Pierre.
– Quel fasciste?
– Pierre Curzi

PRICELESS hahahahahha

Je raccroche, on est servi, je parle avec mon père sur ce que ça implique comme travail, pourquoi je veux l’essayer, etc… En mentionnant combien les équipages viennent de partout, mon père trouve que ça cloche.

- Mais si le bateau part de Miami, pourquoi est-ce qu’ils engagent pas LEUR MONDE?

Que vous sachiez précisément ma réponse ne sert à rien, seulement combien de fois m’a-t-il avoué trouver le plus normal du monde que les employeurs engagent localement.

J’ai peu de feedback de ma recherche d’emploi à Toronto? Pour mon père, ce n’est pas parce que je n’habite pas au coin Lawrence et Bathurst, ma Mazda 3 disant "Tant à découvrir" sur ses deux bumpers, mais bien parce que je suis Québécois et qu’une entreprise ontarienne doit engager en Ontario en premier.

Je comprends facilement qu’un recruteur trouve peu d’intérêt à rappeler une personne qui vit à 1000 km, sans attache en Ontario, sans même l’assurance qu’elle se déplacera. La voilà la raison, ce n’est pas du régionalisme 416!

Je me rappelle, lorsque j’étais totalement effondré à l’idée de devoir quitter l’Allemagne et rentrer involontairement au Canada, ma grand-mère me disait sur MSN que j’aurais certainement de la facilité à me placer dans la région puisque j’y viens.

Deux ans plus tard, ils sont bien forcés d’admettre que leur interprétation régionaliste fut un fail monumental. Si seulement ça pouvait les convaincre de lâcher ce morceau…

Mais, je le comprends, c’est une croyance dure à battre. En Allemagne, c’est même la ligne officielle de nombreux politiciens.

Voyeurisme fiscal norvégien

Voyeurs, régalez-vous: les Skattelister sont sorties. Section spéciale NRK.no.

Tout est là pour le curieux cherchant à savoir combien gagne le voisin, le beau-frère ou le collègue chiant. Pour le reste, c’est-à-dire les gens connus, les journalistes s’en chargent. Ainsi, le visiteur d’une page web norvégienne peut, en deux clics, tout savoir.

Rapidement, en 2009, la Norvège compte 35000 millionnaires de plus (en NOK!), les femmes y gagnent 2/3 du salaire des hommes, la moyenne féminine surpassant les hommes dans seulement 3 communes. 4 communes ont un recul du revenu personnel. Plus de stats ici.

Hier, la NRK avait même mis un lien (que je ne trouve plus!) où elle montrait combien gagne certaines vedettes de la radio et télévision publiques, par souci de transparence.

La transparence, c’est d’ailleurs la raison derrière cette publication intégrale des rapports d’impôts norvégiens.

Voici quelques classements:
Les chanteurs qui chantent en norvégien versus ceux en anglais
Les médaillés de Vancouver 2010
Administrateurs des fonds de placement pétroliers
Les artistes
Membres du gouvernement norvégien
Dirigeants d’organismes de charité
Les humoristes
Les environnementalistes
Les auteurs
Les footballeurs
Les conseillers d’État
Les entrepreneurs
Les acteurs
Les chefs de partis politique
Ces haut-fonctionnaires qui gagnent plus que les ministres

Les plus riches adresses de Norvège
Les plus riches de Norvège

On doit cependant donner une voix aux opposants de ce système, des gens qui considèrent que ces renseignements personnels peuvent être utilisées à des fins criminelles.

Congés parentaux: l’UE menace le "modèle danois"

En matière de relations de travail, l’expression "modèle danois" réfère à une ingérence minimale de l’État. Syndicats et patrons s’entendent sans que le politique intervienne, une formule qui semble plaire à tout le monde et que le gouvernement danois défend depuis des années.

On a donc appris aujourd’hui que le Danemark s’opposera à la nouvelle directive européenne sur les congés parentaux: 20 semaines à 100% du salaire pour la mère, 2 semaines pour le père.

Parce que, à Copenhague, on juge que ce n’est pas à Bruxelles de se mêler de ça.

Si l’UE intervient, c’est parce qu’à l’heure actuelle, les "pires" congés de maternité de l’UE ne donnent droit qu’à 14 semaines à salaire partiel.

Or, au Danemark, à l’exception de 8 à 12000 femmes non-syndiquées qui n’ont droit qu’à 14 semaines payées par les caisses d’assurance-chômage, la plupart des conventions collectives prévoient déjà un congé payé à 100% d’une durée maximale de 20 semaines.

Le gouvernement et l’association des employeurs du Danemark considèrent que l’UE n’a pas à s’ingérer dans un domaine où ça marche bien et n’a surtout pas à rendre moins flexible le marché du travail danois, ce qui nuirait à sa compétitivité.

La ministre de l’égalité est également d’avis que ça nuirait aux femmes sur le marché du travail.

Position dénoncée par la gauche et les syndicats, comme quoi le modèle danois est de moins en moins appuyé par ses défenseurs!

DR

7 Danois sur 10 paient leurs impôts avec plaisir: Hvorfor?

Un sondage qui surprend hors de Scandinavie (ici) réalisé pour le quotidien Boersen.

ATTENTION AU SPIN QUE POURRAIT EN FAIRE UN MÉDIAS FRANCOPHONE (réf: RAS)

Traduction:

Près de 7 Danois sur 10 paient leurs impôts "avec plaisir". Y compris les électeurs conserveurs.

D’après les experts, cela s’expliquent par le fait que les partis conservateurs ont tendance à développer des politiques sociales plus importantes que la gauche elle-même. Mais aussi parce que les Danois sont prêts à payer cher pour leur "dose d’État-providence".

37% des électeurs Konservative et 44% des électeurs Venstre refusent quel les politiciens baissent les taxes.

Ceci dit, un professeur de science politique met un bémol en disant que les partis politique danois ne sont pas capables de bien articuler un discours où l’État réduirait ses perceptions fiscales et les avantages qui pourraient en découler.

Connaissant bien le Danemark et sa vie politique, je tente ici de vous éclairer sur un tel sondage.

D’abord, très important, au Danemark, toutes les personnes qui gagnent de l’argent sont imposées. On n’est pas dans un régime à la québécoise où 44% des gens n’ont qu’à demander à l’État de percevoir plus chez les autres pour donner des services. Comme tout le monde paie, je crois que ça responsabilise les quêteux et aussi que ça rend les politiciens plus raisonnables dans les dépenses publiques. Imaginez le scandale au Québec si les travailleurs au salaire minimum étaient imposés à 37% et devaient payer, sans aucun crédit ou remboursement ultérieur, une TVA de 25% sur tout ce qu’ils achètent y compris des choses aussi essentielles que du lait ou des fruits.

La fonction publique danoise n’a pas des conditions de travail très différentes du secteur privé. On n’a donc pas deux classes de travailleurs qui se font face, par exemple quand une récession survient aucun des secteurs n’est à l’abri de coupure. Tout un contraste avec le front commun québécois qui demande des augmentations en période de crise. Ça veut dire qu’on reste raisonnable quand on négocie ses conditions de travail, et que comme on passe souvent du privé au public et vice-versa dans une carrière, les deux secteurs s’influencent mutuellement.

Foncièrement, les Danois ont l’impression d’en avoir pour leur argent. Que l’argent prélevé s’en va vers des services directs à la population. Pas 50 intermédiaires, ni de subventions à des millions de lobbys.

On ne fait pas de cadeaux avec des tarifs artificiellement bas ou des gratuités non plus . Des exemples: tarifs de garderie modulés selon les revenus, électricité à plein prix et essence sur-taxée même si le Danemark produit du pétrole.

Puisque le service public doit être rendu au plus bas coût possible, pour mieux utiliser les fonds, le secteur privé sert de fournisseur. Je pense aux hôpitaux privés, où sont envoyés les patients du public qui attendent trop, aux péages, aux PPP dans les transports.

Le Vérificateur général est une personne crainte avec des réels pouvoirs. Il peut exiger des remboursements de comptes de dépense, mais aussi congédier si un projet dépasse les coûts estimés par exemple.

Je répète également que l’échelle fiscale danoise n’est pas si égalitaire que cela, les impôts directs s’échelonnant de 37% à 56%, un pauvre paie plus qu’un riche. Il n’y a pas non plus énormément de redistribution, les gens reçoivent donc des services qu’ils ont eux-mêmes payés et non pas payés en majorité par d’autres plus fortunés. Enfin, je l’ai déjà dit, la fameuse égalité sociale en Scandinave est d’abord et avant tout issue d’une culture historiquement égalitaire et non pas d’une social-démocratie "exemplaire" depuis les années 1920. On n’a seulement qu’à regarder l’Allemagne, où l’État-providence a débuté sous Bishmarck dans les années 1880, mais qui demeure une société inégale et hiérarchisée au plan social.

Anne Frank, de kessé?

J’ai vu ceci chez Lagacé cet après-midi et j’ai attendu. Attendu qu’il y ait plus de commentaires puis, comme ça n’a pas levé, prouvant presque mon point, je me lance.

J’attire votre attention sur cette phrase:

Elle a bien fait une escale, discrète, à Montréal, en 2005, mais Julie Couture aimerait que sa terre natale puisse accueillir une exposition d’envergue sur Anne Frank.

Je mettrais un beau vingt que, par "discrète", on entend qu’elle a été reçue par une institution anglophone et donc la majorité n’y a pas eu accès. Je ne veux pas dire par là que l’exposition n’a pas été bilingue, simplement que la pub n’a pas été bien faite en français.

Gardez vos larmoiements nationalistes victimaires pour un autre. Car cette histoire nous donne un parfait exemple de l’isolationnisme culturel des Québécois.

Comprenons nous bien. Le Journal d’Anne Frank, c’est un des livres les plus lus, traduits et distribués après la Bible. On ne parle pas d’un obscur livre. Mais il semble qu’au Québec, ça ne dit presque rien à personne en bas de 40 ans.

Aux dernières nouvelles, c’était un livre obligatoire au secondaire dans un endroit aussi proche de nous que l’Ontario. Que s’il est assez connu pour être censuré par une commission scolaire de Virginie, c’est que des millions de jeunes Américains l’on lu au high school.

D’ailleurs, c’est d’abord aux États-Unis que l’histoire a été connue. Au point où ce fut une pièce sur Broadway, des films, des documentaires, même une mini-série en plein primetime sur ABC!

Cette même télé américaine, que l’on juge si fermée sur elle-même, qui nous a donné des mini-séries comme Uprising et Holocaust. En presque 60 ans de télé ici, a-t-on déjà produit une dramatique basée sur des faits historiques extérieurs au Québec?

Ça n’a pas toujours été comme ça: ma mère, qui a quitté l’école par ennui en secondaire 4 en 1972, se rappelle très bien de l’avoir lu dans un cours de français.

Au cours des dernières semaines, j’ai entendu quelqu’un au Téléjournal déplorer que la Crise d’Octobre ne prend que 2 paragraphes en secondaire 4. On ramène ainsi la fameuse question, tant dénoncée par les nationalistes, de la faiblesse de l’enseignement de l’histoire au Québec.

En 1999, quand j’étais moi-même un élève de secondaire 4, on m’a enseigné certes que le Canada était en guerre contre l’Allemagne mais essentiellement comme une banale externalité d’un énième conflit entre Québec et Ottawa: Refusant de jouer le jeu des empires, surtout britannique, les Canadiens-français et leurs élites ont massivement rejeté la guerre, même après la chute de la France. Fort heureusement, des milliers de Canadiens-français ont combattu volontairement, sans quoi on n’aurait pas trop de fierté à percevoir d’avoir failli à notre solidarité occidentale.

C’est la conséquence de vivre dans une culture aussi narcissique que le Québec. Parce que nos éducateurs veulent faire de nous des bonnes ouailles nationalistes, on laisse de côté la civilisation. Comme nos profs d’université qui veulent faire la piastre en mettant leurs propres livres obligatoires, les éditeurs de romans québécois trouvent une clientèle captive dans nos commissions scolaires.

Il ne faut tellement pas contaminer notre petit Québécois avec une culture importée qu’on n’utilise même pas nos modestes cours d’anglais pour nous découvrir plus en profondeur ces provinces et ce pays qui nous entourent, la Grande-Bretagne, l’Australie, etc… Beaucoup trop facile de monter une histoire qui se déroule au Stampede de Calgary!

J’ai l’impression que cette bulle n’est pas étrangère au fait que le Québec aime bien se comporter comme s’il était le centre de l’univers. Nos politiciens nous font croire que nous sommes des modèles, alors que les étrangers peuvent à peine nous placer sur une carte. Sans oublier les crises d’hypersensibilités nationales, la dernière étant l’article du Maclean’s, qui chez les humains nous rappellent ces enfants qui ne se sont jamais faire dire non dans la vie.

Et juste comme ça, je termine en disait que si j’avais vraiment voulu faire du Québec-bashing, si j’avais vraiment été de mauvaise fois, j’aurais comparé avec la Corée du Nord. Ce pays où même Mozart est presque inconnu tellement la famille Kim s’impose comme créatrice de l’univers.

Pour une école publique trilingue

Il paraîtrait que, contrairement à ce qu’ils laissent insinuer depuis des semaines, l’accès à l’école anglaise et l’enseignement de l’anglais seraient deux choses distinctes. Évidemment que oui mais, comme je viens de l’écrire, je n’ai pas entendu très souvent des commentaires en faveur d’un meilleur enseignement de l’anglais alors que nos nationaleux ordinaires criaient que la loi 103 permettait de "s’acheter un droit" et qu’il s’agissait de rien de moins que la mort de l’école française.

Dans un twitfight avec le chef des communications de Pauline Marois, j’ai appris que le PQ se range du bord de l’ADQ au sujet de la Loi 103.

On me parle d’une demi-année d’immersion au primaire et secondaire, plus une session de Cégep.

Ça commence à ressembler à une bonne solution. J’exige cependant des garanties que l’on va s’attaquer au problème du mauvais enseignement de l’anglais à l’école francophone, source de la forte demande de l’école anglais.

Maintenant, à moi de proposer quelques pistes afin de moderniser le système d’éducation public québécois:

1) Une école à programme européen: Enseignement en français ou en anglais selon la communauté linguistique, cours de l’autre langue officielle le plus tôt possible et introduction graduelle de l’espagnol, comme troisième langue de l’Amérique du Nord. L’obtention du DES serait conditionnelle à la réussite d’examens prouvant une connaissance fonctionnelle des deux autres langues.

2) Une école d’immersion: Programme enseigné dans les deux langues dans une proportion 2/3 vs 1/3, plus bien évidemment l’espagnol à introduire en fin du primaire. Bien sûr, tout est une question de nombre d’heures alors ça pourrait revenir au même d’avoir des semestres dans l’autre langue puisqu’on apprend mieux en étant intensément dedans.

Il faut que, comme en Allemagne, au Danemark, en Finlande ou ailleurs en Europe, le diplôme d’études secondaires soit conditionnel à la réussite d’examens en plusieurs langues.


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