Il y a un an, Louis Préfontaine écrivait ce texte sur la crise islandaise. Étant à Copenhague à l’époque, je me suis contenté d’un clin d’oeil sur son utilisation du nom anglais "Independence Party" et j’ai laissé faire.
J’ai cependant remarqué qu’il avait rappliqué dans la foulée de la sortie de François Legault (ici) où je me suis évidemment senti interpellé par son lien avec l’Islande à la phrase suivante:
ceux qui ont appliqué les recettes des « Lucides » sont aujourd’hui ruinés.
David Oddsson a été premier ministre de 1991 à 2004, deux mandats et demi, dont un avec le Parti Social-Démocrate, des mandats où, oui, de nombreux secteurs de l’économie islandaise ont été privatisés et déréglementés. Baisses d’impôts personnels comme corporatifs, aussi. Mais le désengagement de l’État de plusieurs secteurs "non sociaux" a permis de dégager des fonds qui ont permis aux services publics d’être maintenus.
Le Parti de l’Indépendance et ses partenaires ont certes privatisé les banques, le téléphone, les pêcheries et autres mais JAMAIS on n’a coupé les budgets dédiés aux secteurs que la gauche québécoise juge essentiels: santé et éducation. Même la culture, David Oddsson étant un grand amateur de théâtre, n’a jamais été "victime" du supposé laisser-faire de son gouvernement: 2% du budget de l’État islandais va à la culture, ceci est vrai depuis des années!
À la même époque, Lucien Bouchard, par son "déficit zéro", envoyait chez eux du personnel médical, coupait un peu partout, haussait légèrement les frais de scolarité, nous contraignait à apprendre dans des livres si vieux que l’Afrique n’en voulait même pas!
En 2005, Lucien Bouchard revient avec son manifeste. Manifeste revenu dans l’actualité 5 ans plus tard avec le groupe Force Québec qui dit s’en inspirer.
Si je prends Louis Préfontaine au mot, je lui lance le budget islandais 2010 en pleine face et je lui demande si c’est David Oddsson ou Johanna Sigurdardottir qui a copié les Lucides.
Depuis bientôt 3 semaines, on note des manifestations aux quatre coins de l’Islande contre les coupures en santé. L’année 2010 aura été celle où les éducatrices en garderie se sont le plus inquiétées pour leur emploi. Depuis la début de la crise économique en Islande, les étudiants craignent la fin de la gratuité, le chômage et des coupures à l’aide financière.
Les habitants des localités rurales se demandent pourquoi on continue de construire une salle de concert à Reykjavik, que l’on entretient un réseau d’ambassades aux quatre coins du monde si on n’a soudainement plus d’argent pour garder ouverte une salle d’accouchements là, ou suffisamment de médecins pour les urgences ailleurs.
Or, pendant la décennie où des "libertariens" ont été au pouvoir, ces secteurs n’ont jamais été inquiétés. Quand on a voulu réduire l’État, on a commencé par le moins essentiel, l’État-providence islandais n’a jamais été démantelé par David Oddsson. Je ne serais même pas surpris que ce soit la prospérité du pays qui ait permis au régime public d’assurance-maladie d’envoyer des centaines de personnes se faire soigner à l’étranger à chaque année.
Ce n’est pas en 1997 que les habitants de Reykjavik ont vu leur facture d’électricité grimper de 25%, c’est en 2010.
Et puisque l’on parlait, notamment ici, que les "Lucides" ne sont pas exactement des libertariens, j’aimerais que quelqu’un me montre où, dans le "Manifeste pour un Québec Lucide", il est écrit que l’État québécois doit nationaliser les pertes de banques qui n’ont pas su s’arrêter de mal investir. Je ne l’ai pas vu!