Archives de 18 octobre 2010

Anne Frank, de kessé?

J’ai vu ceci chez Lagacé cet après-midi et j’ai attendu. Attendu qu’il y ait plus de commentaires puis, comme ça n’a pas levé, prouvant presque mon point, je me lance.

J’attire votre attention sur cette phrase:

Elle a bien fait une escale, discrète, à Montréal, en 2005, mais Julie Couture aimerait que sa terre natale puisse accueillir une exposition d’envergue sur Anne Frank.

Je mettrais un beau vingt que, par "discrète", on entend qu’elle a été reçue par une institution anglophone et donc la majorité n’y a pas eu accès. Je ne veux pas dire par là que l’exposition n’a pas été bilingue, simplement que la pub n’a pas été bien faite en français.

Gardez vos larmoiements nationalistes victimaires pour un autre. Car cette histoire nous donne un parfait exemple de l’isolationnisme culturel des Québécois.

Comprenons nous bien. Le Journal d’Anne Frank, c’est un des livres les plus lus, traduits et distribués après la Bible. On ne parle pas d’un obscur livre. Mais il semble qu’au Québec, ça ne dit presque rien à personne en bas de 40 ans.

Aux dernières nouvelles, c’était un livre obligatoire au secondaire dans un endroit aussi proche de nous que l’Ontario. Que s’il est assez connu pour être censuré par une commission scolaire de Virginie, c’est que des millions de jeunes Américains l’on lu au high school.

D’ailleurs, c’est d’abord aux États-Unis que l’histoire a été connue. Au point où ce fut une pièce sur Broadway, des films, des documentaires, même une mini-série en plein primetime sur ABC!

Cette même télé américaine, que l’on juge si fermée sur elle-même, qui nous a donné des mini-séries comme Uprising et Holocaust. En presque 60 ans de télé ici, a-t-on déjà produit une dramatique basée sur des faits historiques extérieurs au Québec?

Ça n’a pas toujours été comme ça: ma mère, qui a quitté l’école par ennui en secondaire 4 en 1972, se rappelle très bien de l’avoir lu dans un cours de français.

Au cours des dernières semaines, j’ai entendu quelqu’un au Téléjournal déplorer que la Crise d’Octobre ne prend que 2 paragraphes en secondaire 4. On ramène ainsi la fameuse question, tant dénoncée par les nationalistes, de la faiblesse de l’enseignement de l’histoire au Québec.

En 1999, quand j’étais moi-même un élève de secondaire 4, on m’a enseigné certes que le Canada était en guerre contre l’Allemagne mais essentiellement comme une banale externalité d’un énième conflit entre Québec et Ottawa: Refusant de jouer le jeu des empires, surtout britannique, les Canadiens-français et leurs élites ont massivement rejeté la guerre, même après la chute de la France. Fort heureusement, des milliers de Canadiens-français ont combattu volontairement, sans quoi on n’aurait pas trop de fierté à percevoir d’avoir failli à notre solidarité occidentale.

C’est la conséquence de vivre dans une culture aussi narcissique que le Québec. Parce que nos éducateurs veulent faire de nous des bonnes ouailles nationalistes, on laisse de côté la civilisation. Comme nos profs d’université qui veulent faire la piastre en mettant leurs propres livres obligatoires, les éditeurs de romans québécois trouvent une clientèle captive dans nos commissions scolaires.

Il ne faut tellement pas contaminer notre petit Québécois avec une culture importée qu’on n’utilise même pas nos modestes cours d’anglais pour nous découvrir plus en profondeur ces provinces et ce pays qui nous entourent, la Grande-Bretagne, l’Australie, etc… Beaucoup trop facile de monter une histoire qui se déroule au Stampede de Calgary!

J’ai l’impression que cette bulle n’est pas étrangère au fait que le Québec aime bien se comporter comme s’il était le centre de l’univers. Nos politiciens nous font croire que nous sommes des modèles, alors que les étrangers peuvent à peine nous placer sur une carte. Sans oublier les crises d’hypersensibilités nationales, la dernière étant l’article du Maclean’s, qui chez les humains nous rappellent ces enfants qui ne se sont jamais faire dire non dans la vie.

Et juste comme ça, je termine en disait que si j’avais vraiment voulu faire du Québec-bashing, si j’avais vraiment été de mauvaise fois, j’aurais comparé avec la Corée du Nord. Ce pays où même Mozart est presque inconnu tellement la famille Kim s’impose comme créatrice de l’univers.

Pour une école publique trilingue

Il paraîtrait que, contrairement à ce qu’ils laissent insinuer depuis des semaines, l’accès à l’école anglaise et l’enseignement de l’anglais seraient deux choses distinctes. Évidemment que oui mais, comme je viens de l’écrire, je n’ai pas entendu très souvent des commentaires en faveur d’un meilleur enseignement de l’anglais alors que nos nationaleux ordinaires criaient que la loi 103 permettait de "s’acheter un droit" et qu’il s’agissait de rien de moins que la mort de l’école française.

Dans un twitfight avec le chef des communications de Pauline Marois, j’ai appris que le PQ se range du bord de l’ADQ au sujet de la Loi 103.

On me parle d’une demi-année d’immersion au primaire et secondaire, plus une session de Cégep.

Ça commence à ressembler à une bonne solution. J’exige cependant des garanties que l’on va s’attaquer au problème du mauvais enseignement de l’anglais à l’école francophone, source de la forte demande de l’école anglais.

Maintenant, à moi de proposer quelques pistes afin de moderniser le système d’éducation public québécois:

1) Une école à programme européen: Enseignement en français ou en anglais selon la communauté linguistique, cours de l’autre langue officielle le plus tôt possible et introduction graduelle de l’espagnol, comme troisième langue de l’Amérique du Nord. L’obtention du DES serait conditionnelle à la réussite d’examens prouvant une connaissance fonctionnelle des deux autres langues.

2) Une école d’immersion: Programme enseigné dans les deux langues dans une proportion 2/3 vs 1/3, plus bien évidemment l’espagnol à introduire en fin du primaire. Bien sûr, tout est une question de nombre d’heures alors ça pourrait revenir au même d’avoir des semestres dans l’autre langue puisqu’on apprend mieux en étant intensément dedans.

Il faut que, comme en Allemagne, au Danemark, en Finlande ou ailleurs en Europe, le diplôme d’études secondaires soit conditionnel à la réussite d’examens en plusieurs langues.


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