Anne Frank, de kessé?

J’ai vu ceci chez Lagacé cet après-midi et j’ai attendu. Attendu qu’il y ait plus de commentaires puis, comme ça n’a pas levé, prouvant presque mon point, je me lance.

J’attire votre attention sur cette phrase:

Elle a bien fait une escale, discrète, à Montréal, en 2005, mais Julie Couture aimerait que sa terre natale puisse accueillir une exposition d’envergue sur Anne Frank.

Je mettrais un beau vingt que, par « discrète », on entend qu’elle a été reçue par une institution anglophone et donc la majorité n’y a pas eu accès. Je ne veux pas dire par là que l’exposition n’a pas été bilingue, simplement que la pub n’a pas été bien faite en français.

Gardez vos larmoiements nationalistes victimaires pour un autre. Car cette histoire nous donne un parfait exemple de l’isolationnisme culturel des Québécois.

Comprenons nous bien. Le Journal d’Anne Frank, c’est un des livres les plus lus, traduits et distribués après la Bible. On ne parle pas d’un obscur livre. Mais il semble qu’au Québec, ça ne dit presque rien à personne en bas de 40 ans.

Aux dernières nouvelles, c’était un livre obligatoire au secondaire dans un endroit aussi proche de nous que l’Ontario. Que s’il est assez connu pour être censuré par une commission scolaire de Virginie, c’est que des millions de jeunes Américains l’on lu au high school.

D’ailleurs, c’est d’abord aux États-Unis que l’histoire a été connue. Au point où ce fut une pièce sur Broadway, des films, des documentaires, même une mini-série en plein primetime sur ABC!

Cette même télé américaine, que l’on juge si fermée sur elle-même, qui nous a donné des mini-séries comme Uprising et Holocaust. En presque 60 ans de télé ici, a-t-on déjà produit une dramatique basée sur des faits historiques extérieurs au Québec?

Ça n’a pas toujours été comme ça: ma mère, qui a quitté l’école par ennui en secondaire 4 en 1972, se rappelle très bien de l’avoir lu dans un cours de français.

Au cours des dernières semaines, j’ai entendu quelqu’un au Téléjournal déplorer que la Crise d’Octobre ne prend que 2 paragraphes en secondaire 4. On ramène ainsi la fameuse question, tant dénoncée par les nationalistes, de la faiblesse de l’enseignement de l’histoire au Québec.

En 1999, quand j’étais moi-même un élève de secondaire 4, on m’a enseigné certes que le Canada était en guerre contre l’Allemagne mais essentiellement comme une banale externalité d’un énième conflit entre Québec et Ottawa: Refusant de jouer le jeu des empires, surtout britannique, les Canadiens-français et leurs élites ont massivement rejeté la guerre, même après la chute de la France. Fort heureusement, des milliers de Canadiens-français ont combattu volontairement, sans quoi on n’aurait pas trop de fierté à percevoir d’avoir failli à notre solidarité occidentale.

C’est la conséquence de vivre dans une culture aussi narcissique que le Québec. Parce que nos éducateurs veulent faire de nous des bonnes ouailles nationalistes, on laisse de côté la civilisation. Comme nos profs d’université qui veulent faire la piastre en mettant leurs propres livres obligatoires, les éditeurs de romans québécois trouvent une clientèle captive dans nos commissions scolaires.

Il ne faut tellement pas contaminer notre petit Québécois avec une culture importée qu’on n’utilise même pas nos modestes cours d’anglais pour nous découvrir plus en profondeur ces provinces et ce pays qui nous entourent, la Grande-Bretagne, l’Australie, etc… Beaucoup trop facile de monter une histoire qui se déroule au Stampede de Calgary!

J’ai l’impression que cette bulle n’est pas étrangère au fait que le Québec aime bien se comporter comme s’il était le centre de l’univers. Nos politiciens nous font croire que nous sommes des modèles, alors que les étrangers peuvent à peine nous placer sur une carte. Sans oublier les crises d’hypersensibilités nationales, la dernière étant l’article du Maclean’s, qui chez les humains nous rappellent ces enfants qui ne se sont jamais faire dire non dans la vie.

Et juste comme ça, je termine en disait que si j’avais vraiment voulu faire du Québec-bashing, si j’avais vraiment été de mauvaise fois, j’aurais comparé avec la Corée du Nord. Ce pays où même Mozart est presque inconnu tellement la famille Kim s’impose comme créatrice de l’univers.

5 Responses to “Anne Frank, de kessé?”


  1. 1 matvail2002 Mardi, 19 octobre 2010 à 0:02

    Un de mes profs à l’université d’histoire mondiale du XXème siècle a exactement mentionné ton argument central comme sa critique la plus virulente des histoires nationales qui sont principalement une base pour créer des protagonistes et des antagonistes. En d’autres termes, en simplifiant, le but de l’histoire nationale partout sur cette planète est d’encourager le collectiviste en disant que nous sommes les meilleurs que les autres nations.

    Même qu’honnêtement, la matière dont l’histoire est enseignée de façon basique aux jeunes du secondaire fait que cela n’est pas fort tant du côté Québécois que dans certaines provinces canadiennes où le cours consiste carrément de mythologie comme de parler de Vimy, de Tommy Douglas et de Trudeau.

    Bref, mon cours d’histoire, je l’ai appris par moi-même.

    PS: Fais le test en allant au nord de l’état de New York et du Vermont et j’ai vu de mes propres yeux qu’une personne là-bas en sait plus sur le nord de la frontière que le Québécois moyen en sait sur ses voisins du sud.

  2. 2 matvail2002 Mardi, 19 octobre 2010 à 0:07

    En passant, on fait lire quoi dans les cours d’anglais au Québec?

    Je dois dire que j’ai vu pas mal tous les livres au secondaire qu’un Américain moyen au secondaire lit (To Kill a Mockingbird, The Great Gatsby, Brave New World, 1984, Hamlet, Romeo and Juliet).

    Cela est véritablement l’avantage principal d’un meilleur programme de deuxième et troisième langue. Lire dans d’autres langues que sa langue maternelle, c’est un atout indispensable.

  3. 3 derteilzeitberliner Mardi, 19 octobre 2010 à 3:47

    Au Cégep, j’ai fait Shakespeare et tout. Secondaire, on avait des extraits photocopiés, rien de classique, à part peut-être Steinbeck.

    Mais, bon, faudrait peut-être pas pointer du doigt trop vite parce que même en français on garde ça low-profile pas mal et, à moins de prendre les cours de littérature, dans mon certificat en allemand je n’avais pas non plus des textes hyper classiques et tout.

    Sauf que sans lire Shakespeare en secondaire I, on pourrait tu faire d’autre chose que regarder Survivor, jouer au bingo et avoir des profs qui parlent vraiment l’anglais?

    Ça serait un bon début!

  4. 4 matvail2002 Mardi, 19 octobre 2010 à 12:46

    Même là, essaye de même faire entrer des ouvrages canadiens en anglais (je parle même de littérature Anglo-Québécoise) ou Américains contemporains. Je suis certain qu’il va être très difficile de faire entrer du Mordecai Richler dans les écoles francophones Québécois.

    Sur ce, je l’admet, faut vraiment aller quasiment à l’université pour faire de la littérature classique. Au secondaire, à part des trucs datant des années 40 comme Bonheur d’occasion, les seuls deux ouvrages plus anciens ont été Cyrano de Bergerac et le Malade imaginaire.

    Par contre, à l’université, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire du Toqueville, du Hayek et du Mises dans le même cours. Ça fait différent…

  5. 5 Jeff B. Mardi, 19 octobre 2010 à 23:53

    Le problème est plus grand que le simple fait de ne pas initier nos jeunes à la littérature. Nombreux sont les enseignants qui n’ont jamais été initiés eux-mêmes, ils n’ont donc pas les connaissances ni les outils pour faire apprécier ces oeuvres à ces éléves. Il faudrait par ailleurs que nos enseignants sont compétents et motivés au départ, ce qui est loin d’être garanti lorsqu’on regarde le nivellement par le bas qui se fait aux admissions.

    De façon plus générale, nos enseignents disposent-ils des outils pour faire apprécier la lecture, peu importe la forme, à leur élèves ? Lire, c’est lent, ininteractif à prime abord et ca demande un effort, trois caractéristiques assez loin du quotidien de nombreux jeunes.

    Je n’ai pas encore touché la lecture dans une langue seconde ou tierce, puisque cette activité n’est pas maîtrisée dans la langue maternelle. La base n’est pas acquise, inutile d’aller plus loin, particulièrement avec la piètre qualité de l’enseignement des langues secondes au secondaire.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




octobre 2010
D L Ma Me J V S
« sept   nov »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Catégories

Mises à jour Twitter


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :