Archives de 9 novembre 2010

Þjóðfundur 2010: une constitution péquiste pour l’Islande?

Dans l’histoire de l’Islande, le Þjóðfundur, l’assemblée nationale, rappelle d’abord la rencontre tenue en 1851 où, d’après les livres d’histoire, la nation islandaise a discuté de stratégie d’accession à l’indépendance peu après que le Danemark soit devenu une monarchie constitutionnelle.

Pour des raisons que je n’ai pas trop compris, des rassemblements semblables en 1874 et 1937 ne portent pas ce nom. Il faut venir à l’automne 2009 pour en revoir un, alors qu’un groupe nommé le « Ministère des Idées » a brainstormé l’avenir de l’Islande l’espace d’un weekend.

Cette année, l’assemblée fait partie intégrale du processus de révision constitutionnelle qui aura lieu cet hiver. Bien que je conçoive facilement que la constitution islandaise ait besoin de se faire dépoussiérer après près de 70 ans, qu’il y ait un manque au niveau de checks and balance qui doit être corriger, je trouve un peu naïf de croire qu’une constitution empêchera à tout jamais 2008 de se produire.

Le processus intégral est ainsi: le 27 novembre prochain, les Islandais éliront une assemblée constituante de 25 membres qui réécrira la constitution entre le 15 février et le 15 avril 2011. Le projet sera adopté par l’Althing puis par le peuple par référendum (ou l’inverse?). Il y aura ensuite des élections législatives, et l’acte 1 de ce nouveau parlement sera d’adopter la constitution et de fonctionner selon celle-ci. C’est la méthode danoise.

Pour épauler les 25, pour leur dire quoi écrire, on a appelé la nation à se réunir. 950 Islandais de 18 à 91 ans, répartis également entre hommes et femmes, au pro rata de la population des différentes régions du pays, choisis au hasard des registres municipaux ont passé la journée à discuter samedi au Laugardalshöll de Reykjavik.

Disons qu’on pourrait appeler ça une version modifiée d’un mouvement grassroots (en fait, ce n’est pas le gouvernement qui a exigé une nouvelle constitution mais une partie importante de l’opinion publique), l’exclusion (et l’interdiction) de la classe politique active (partis, militants, élus) en faisant foi.

Depuis que le débat a débuté il y a quelques semaines, j’entends parler de thèmes éminemment grassroots: parlement non-partisan, référendums d’initiatives, notamment. J’étais donc très curieux de voir quels seraient les résultats de la rencontre de ce samedi, quelles idées ces Joe Blow, ces gens qui n’ont aucun background politique, pouvaient bien amener pour faire avancer l’Islande dans son deuxième millénaire.

Mon constat? J’ai l’impression qu’une assemblée du PQ ou de QS aurait sorti les mêmes choses. C’est un flashback en Allemagne de l’Est au printemps 1990, alors que les activistes tentaient tant bien que mal de conjuguer démocratie libérale et économie communiste, une utopie où toutes libertés sont garanties sauf les économiques!

Un coup d’oeil au tag cloud de la journée, de même que la lecture des propositions, nous force à conclure que les 950 personnes ont décidément ouvert la porte toute grande vers le collectivisme.

Les mots les plus grands, mis à part Islande, sont des termes mettant la société à l’avant-plan: nation, pays, propriété collective, service de santé, éducation, égalité, assurance, ressources, loi… À côté de ça, regardez où est frelsi, qui veut dire liberté…

Disons que, avant même d’aller vers les propositions concrètes, ça augure mal. Aucune protection pour l’individu, noyé dans une masse compacte de 320000 personnes, on se trouve à la merci de la majorité.

Si je lis en diagonale la liste des propositions, ça donne:

- Démocratie directe
– Référendums
– Séparation de l’Église (luthérienne) et de l’État
– Cours d’éthique et d’intégrité à l’école
– Soins médicaux gratuits
– Éducation gratuite
– Nationalisation des ressources naturelles
– Protection constitutionnelle de la langue et de la culture islandaise
– Égalité absolue entre les sexes
– Droit au travail
– Séparation des pouvoirs
– Aucune armée
– Aucune arme nucléaire
– L’Islande avocate de la paix (= retrait de l’OTAN???)
– Coopération internationale
– Encadrement sévère de la protection de l’environnement

Bref, malgré qu’elle soit nommée parmi les valeurs de base de l’Islande dans cet autre tag cloud, la liberté n’a pas eu l’attention qu’elle méritait dans les débats…ou alors une toute autre signification que je m’en fais!

Remarquez aussi, dans ces valeurs, combien le droit à l’égalité « jafnrétti », passe avant celui d’être libre. Comme en Allemagne, pays où une écrasante majorité se plairait dans un État socialiste.

Mais bon, rien n’est fait. Ceci dit, je ne peux tellement pas m’empêcher de penser combien un tel texte, de telles suggestions, ressemblent au projet de Daniel Turp, voire cette lettre parue de Françoise David parue sur Cyberpresse. Les souverainistes québécois avaient-ils infiltrés l’assemblée? :D

S’il y a leçon à tirer, elle concerne d’abord et avant tout combien les Islandais blâment erronément l’ouverture du pays pour ses problèmes. Une petite dose de paranoïa sur l’éthique, non pas que je trouve superflu d’insister sur la transparence, mais on dirait que soudainement depuis 2008, tout le monde est devenu croche, immoral, corrompu, chaque petit viking blond de maternelle est potentiellement un Bernard Madoff!

Je conclus aussi que, c’est ben beau les fantasmes collectifs de la société homogène qui avance main dans la main, mais la vraie vie, ce n’est pas un conte de fée marxiste! Les sagas, que les Islandais aiment encore se référer, ne font pas du tout l’éloge de la pensée collectiviste mais sont au contraire un témoignage de l’importance qu’une société doit mettre en ses individus.

La modernité aurait-il brisée cette société construite sur la coopération volontaire et l’entraide? Pour des raisons évidentes, au niveau du climat, la collectivité a toujours joué un rôle très important dans l’histoire de l’Islande mais jamais aux détriments de ces hommes et ces femmes qui ont construit ce pays depuis mille ans. Je viens bien croire que les Islandais veulent vivre plus simplement que depuis 10 ans, mais simplicité devrait-il toujours rimer avec socialisme?

Je pense aussi à ces entrepreneurs. Pas les banquiers. Ces propriétaires d’usines de poisson, de bâteaux de pêche, d’épiceries, ces fermiers… Ont-ils perdus tout respect? On jurerait que personne n’a pensé à eux dans les délibérations, rien ne laisse croire que ça changera.

Et svp, que quelqu’un se lève et me dise qui en Islande créera cette richesse que l’on veut « répartie également ».


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