Archives de janvier 2011

Augmentation des loyers berlinois: un bon signe selon le maire

Cette semaine, je vous parlais du portrait socio-économique de la capitale allemande qui fait toujours pitié.

Jeudi, surprise, on voyait que les loyers augmentent à Berlin. Signe que la ville retrouve le chemin de la croissance.

Tout en émettant le souhait que les loyers restent à la portée de tout le monde, le maire Klaus Wowereit s’est réjoui, y voyant un lien avec l’augmentation des revenus de Berlinois.

Selon les dernières observations du marché, les nouveaux contrats de location à Berlin se signent en moyenne à 6.10€ au mètre carré, une hausse de 12% depuis 3 ans. Les baux existants ont augmenté de 5.5% au cours de la même période, une moyenne 4.90€ au mètre carré.

La carte de l’évolution des prix par code postal:

On en saura plus en mai, lors du dévoilement du Mietspiegel.

Berliner Morgenpost

Krach – Mensonges radio-canadiens sur l’Islande (3ième partie)

Troisième épisode de Krach à Radio-Canada.

Les images de Reykjavik sont très belles sur ma télé 42 pouces et je suis enchanté de voir des gens qui parlent islandais, même si c’est doublé par dessus, mais pour la narration…

Et je ne parle pas seulement du fait que Jean-François Lépine semble incapable de prononcer les noms comme il faut!

Commençons par le début, soit l’affirmation grossière selon laquelle les Islandais auraient perdu leurs économies et leurs pensions.

Nul doute que l’inflation a mangé littéralement les comptes bancaires des Islandais et qu’un contrôle des changes a été instauré (encore partiellement en place)… Mais les Islandais ont toujours eu accès à leur argent, rien n’a été bloqué comme on a déjà vu par exemple en Argentine. Les banques ont toujours été ouvertes en Islande. Alors les manifestants anti-gouvernementaux ne demandent pas "leur argent", ils veulent seulement la tête de ceux qui les ont mis dans la merde!

Évidemment, les fonds de pension ont perdu beaucoup d’argent dans la crise (73 milliards de couronnes) et les prestations ont été diminuées en raison des pertes. Mais n’est-ce pas dans la logique des choses? Tôt ou tard, il faudra bien que la Caisse de Dépôt regagne les 40 milliards perdus…

Un rapport d’enquête parlementaire a trouvé que les fonds de pension ont été amenés à mettre de l’argent pour tenter de sauver la couronne, ce qui leur a fait perdre encore plus. De plus, le contrôle des changes a limité leur retour à la croissance puisqu’ils n’ont pas le droit d’augmenter les parts de leurs fonds détenus à l’étranger.

Par ailleurs, l’insistance du gouvernement à voir les fonds de pension jouer un rôle dans l’effacement de la dette personnelle de plusieurs familles islandais nuit à leur recapitalisation.

Cedi dit, la Banque Centrale d’Islande estime que le système de pension islandais a vu sa valeur passer de 134% à 119% du PIB, ce qui demeure exceptionnel selon les données de l’OCDE.

Je gagerais même que, sur les retraites, l’Islande a des leçons à donner aux autres et non l’inverse!

Concernant l’endettement de l’Islande, vrai qu’il est énorme tant par rapport au PIB que par capita OCDE. Ceci dit, c’est avoir la tête dans le sable de penser que le Canada et le Québec sont à l’abri.

Je ne saurais en énumérer toute la liste mais tout ce qui s’appelle taxes, impôts et tarifs a augmenté en Islande. Mais l’État a aussi fait sa part: on a licencié des fonctionnaires et des employés de sociétés d’État, on a diminué les allocations familiales, aucun poste budgétaire n’est épargné. On a même réduit le cabinet, qui est passé de 14 à 10 membres depuis 2007.

Mais malgré cela, en dépit de coupures parfois importantes, l’éducation est toujours gratuite jusqu’à l’université, le système de santé est toujours public… Comme quoi le démantèlement de l’État-providence islandais n’a toujours pas eu lieu.

Je ne dis pas que les Islandais sont heureux de voir certains services diminués tout en payant plus, mais il est indéniable que le gouvernement islandais prend l’austérité budgétaire beaucoup plus au sérieux que d’autres pays.

Pas plus tard que mercredi, le ministre des finances publiait une lettre dans les journaux pour souligner combien l’Islande s’en sortait bien. En 2011, l’Islande est un des 8 pays de l’OCDE à balancer son budget. Comme Québécois, comme Canadiens, comme Américains, comme Français, comme Allemands… NOUS DEVONS ÊTRE JALOUX! Raymond Bachand nous parle de 2014, parce que c’est plus important d’être heureux, et Claudette trouve que ce n’est pas assez!

Dans sa lettre, le ministre des finances rappelle le credo scandinave en matière de finances publiques: tout doit être fait pour préserver l’esprit du modèle social nordique et ne pas trop affecter les pauvres, mais il faut garder le cap sur le fait que des finances publiques saines doit être une priorité pour chaque gouvernement socialement responsable.

On nous rappelle un autre point sur la dette: 84% du PIB selon les calculs officiels (donc plus bas que prévu) mais seulement 43% si on exclut Icesave. Icesave, dont l’État islandais doit rembourser les épargnes perdues aux détenteurs de comptes au Pays-Bas et en Grande-Bretagne. C’est donc dire que si l’Islande se débarrasse de tous les actifs du milieu financier nationalisé, elle se désendette… Pour autant, bien entendu, que le gouvernement ne vende pas à "perte" comme dans le cas de l’assureur Sjova!

Également, les indicateurs sont très optimistes deux ans passé le déclenchement de la crise, chose que l’on n’aurait jamais cru possible à l’automne 2008. Le marché immobilier reprend, l’inflation est à 1.8% et la croissance économique est redevenue positive.

Certes, le chômage demeure à 7% – chiffre catastrophique vu les statistiques des 30 dernières années. Ceci dit, on observe une reprise.

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire quand j’ai remarqué qu’on avait utilisé l’exemple d’une école d’art pour expliquer que les Islandais quittent faute de débouchés professionnels. Voyez-vous, sans être méchant, c’est un domaine où l’emploi est rare à peu près partout. Regardez les statistiques canadiennes qui disent qu’à part les vedettes connues, les salaires dans le domaine avoisinent 20000$ par an.

Le bilan migratoire de l’Islande fluctue, les Islandais sont très mobiles: on étudie, on travaille à l’étranger, on revient, on repart… Vrai que les départs se font de plus en plus nombreux avec la crise mais, sans faire un Jacques Noël de moi-même, il faut aussi penser aux variations dans la population étrangère. Un Islande qui quitte a plus de chance de revenir qu’un étranger qui retourne dans son pays.

Ces temps-ci, on parle aussi beaucoup de ces Islandais qui vont en Norvège parce que les salaires sont plus élevés. Rien à voir avec la crise donc, si un chauffeur d’autobus de Reykjavik gagne beaucoup moins qu’en Norvège et qu’il se décide à faire le saut.

Quant à la criminalité, la consultation des statistiques des dix dernières années ne corrobore pas tout à fait la thèse selon laquelle la crise aurait causé une augmentation des délits. Par contre, les médias en parlent beaucoup plus… Serait-ce donc un vulgaire spin?

À quelque part, on a sur-estimé l’importance des manifestations. Ce que je veux dire par là, c’est que oui le gouvernement a démissionné et il y a eu des élections mais la classe politique s’est à peine renouvelée, le nouveau gouvernement est soupçonné de manigancer en sa faveur et n’est pas plus populaire que l’administration qu’il a remplacé. Je suis d’accord que Geir H. Haarde devait s’en aller, mais on n’est pas du tout dans une logique de table rase comme Birgitta Jonsdottir et son confère chansonnier ont parlé.

Aussi, monsieur détail a grincé des dents: la démission de Geir H. Haarde n’a pas été annoncée dans une "adresse à la nation" mais dans une conférence de presse au siège de son parti, dans l’édifice Valhöll à Reykjavik.

Parlant de Geir H. Haarde, sa présence m’apparait pratiquement inutile. Comme il a déjà été dit, on n’est pas intéressé à savoir les causes, le pourquoi du comment… On veut blâmer le capitalisme, on n’a même pas demandé aux "responsables" ce qu’ils ont fait pour en arriver là puisque la conclusion est déjà écrite.

Ce qui me ramène à l’intervention du ministre des finances actuel, Steingrímur J. Sigfússon, que l’on entend déblatérer sur la faute du néolibéralisme. Une cassette qui n’a pas changé depuis son allocution du 2 octobre 2008 devant l’Althing (vidéo). On est au moins sur d’une chose: il ne change pas d’idée souvent! Mais, encore une fois, il n’était là que pour démontrer la conclusion écrite d’avance.

Je termine sur l’inexacte conclusion, le lien fait entre l’Islande et la Californie… Jean-François Lépine dit que parce que l’Islande a "un système social", c’est moins pire que là où "il n’y en a pas" comme aux USA…

Allons voir ici et : Je n’ai pas l’impression qu’on fasse des cadeaux aux chômeurs dans chacun des pays.

Quant aux organismes de charité islandais, ils sont débordés et, comme aux États-Unis, ce sont des ONG qui sont sur le terrain. Quoique Hjálparstarf kirkjunnar, la branche de charité de l’Église Luthérienne d’Islande, est tout de même financée par l’impôt des protestants recueilli par l’État puisque les deux ne sont pas séparés… Et que les deux autres organismes reçoivent de l’argent des municipalités, mais enfin vous comprendrez que l’on n’est pas dans une logique de charité étatique directe telle que Jean-François Lépine entrevoyait pour l’Islande.

À suivre, donc, la semaine prochaine… dernier épisode!

Sjóvá: les contribuables se sont fait avoir

Je me rappelle d’avoir discuté du bail out de GM avec LCS et que celui-ci me sorte que c’était très bien que l’État achète la compagnie, on fera des profits sur la vente.

J’étais très sceptique et je le suis encore. Et si le dossier de la privatisation de la Sjóvá est un signe…

Retour à 2009. La compagnie d’assurance Sjóvá (preuve que je suis l’Islande depuis longtemps, je lui donne encore son "vieux nom" Sjóvá-Almennar des pubs du début des années 2000…) est entrainée dans la faillite de son actionnaire majoritaire Milestone Hf.

L’Autorité des Marchés financiers d’Islande (FME) refuse de voir l’assureur tomber (ici) et la Banque Centrale d’Islande achète 73% des actions de la compagnie au prix de 12 milliards de couronnes, sans avoir obtenu d’avis légal de la part du trésor public.

Le 15 janvier 2010, Íslandsbanki annonce qu’elle est mandatée pour "reprivatiser" l’assureur. Le plan était de coter l’entreprise à la bourse, vendre des parts de façon ouverte et le tout surveillé par un observateur indépendant. En novembre, on a choisi le dernier groupe d’investisseurs en lice.

Le 19 janvier 2011, un communiqué de presse est émis par la Sjova pour annoncer la conclusion de la transaction: le fonds d’investissement Stefni se porte acquéreur de 52% des parts détenues par l’État. Aucun commentaire des parties impliquées dans la transaction, aucune information sur le reste des actions du gouvernement.

Selon cet article du Viðskiptablaðið, malgré les assurances du gouvernement (no pun intended!), la privatisation rappelle celles des banques en 2003: les informations disponibles laissent croire que les acheteurs ne respectent pas les conditions de l’offre d’achat public. D’ailleurs, Stefni et SF1 sont liés à des investisseurs qui ont acheté Búnaðarbanki il y a 8 ans.

Comme si ça n’avait pas assez l’air croche comme ça, il y a des raisons de penser que les acheteurs sélectionnés n’auraient pas ceux qui auraient offert la meilleure offre. On explique également qu’en raison de l’inflation et de changement au niveau des garanties sur la dette de l’Islande, cette année la compagnie se vendrait 55% plus cher que les offres déposées l’an dernier.

Le vrai problème est qu’on n’a pas fait évaluer la valeur de la compagnie avant de la mettre en vente, donc les contribuables ne peuvent en avoir pour leur argent. Et comment passer à côté du fait que l’assureur passe aux mains de gens très impliqués dans toute la crise bancaire de 2008…

Ça n’a rien de rassurant (no pun intended)!

Une enquête s’impose, si ce n’est pas un recommencement à zéro du processus.

Maria Amelie "sauvée" par l’Islande?

Plus tôt cette semaine, la Norvège a renvoyé Marie Amelie à Moscou (AFP).

On apprend aujourd’hui que deux députés islandais, Árni Johnsen (S) et Sigmundur Ernir Rúnarsson (S), ont déposé un projet de loi à l’Althing afin de lui accorder la nationalité islandaise.

Une affaire qui rappelle Bobby Fischer.

Mais qui rappelle aussi à tous les "candidats au départ" qu’en Europe, il faut mieux faire pitié qu’avoir toutes les qualifications et les rêves du monde…

Mbl.is

Un ministre + un 4×4 "gratuit" = démission

Holger Rupprecht, ministre de l’éducation du Land Brandeburg, annonce sa démission alors que la justice se penche sur ce que les médias allemands appellent l’Affaire BMW.

Le mois dernier, le ministre SPD se présente chez un concessionnaire automobile berlinois et obtient, gratuitement, un "essai" de 2 semaines d’un 4×4 BMW pour aller en vacances en Autriche. Voiture qu’il compte utiliser comme voiture de service à son retour.

Le tout s’est passé sans qu’il ait obtenu l’accord du gouvernement.

Du 17 décembre au 3 janvier, Rupprecht a donc utilisé, gratuitement, un véhicule normalement loué 300€ par jour.

Lundi, le procureur de Neuruppin a entrepris des démarches afin de déposer des accusations contre les trois personnes impliquées. Holger Rupprecht serait accusé d’avoir "accepté des faveurs", tandis que le concessionnaire et son chauffeur seraient cités à procès pour "complicité dans l’acceptation de faveurs".

Passible de trois ans d’emprisonnement selon l’article 331 du code pénal allemand.

Voilà comment on fait les choses dans les pays la malhonnêteté est punie, monsieur Charest!

Rundfunk Berlin-Brandenburg

Jón Gunnarsson se croyait-il à "Que le Meilleur Gagne"?

Jón Gunnarsson est député du Parti de l’Indépendance, troisième siège de la circonscription sud-ouest.

Le 16 juin dernier, quand l’Althing a adopté la loi créant l’assemblée constituante, Jón Gunnarsson a été le seul député de son parti à voter oui.

Ce matin, le 27 janvier, 6 mois et 11 jours après le vote, il fait une sortie dans les médias pour dire qu’il a voté oui mais qu’il votait non…

Vous savez ce que ça me rappelle? Le quiz Que le Meilleur Gagne avec Grégory Charles dans les années 90. Quand un concurrent ratait une question facile, l’excuse était toujours "Le doigt m’a glissé" ou un truc du genre…

Plus sérieusement, que l’on prenne pas le monde pour des valises… Ça m’a tout l’air de quelqu’un qui se sent embarrassé d’avoir voté en faveur de quelque chose qui s’est fait invalidé sous les chauds applaudissements de son propre parti!

Berlin, ville de pauvres

"Arm aber sexy" dit notre maire. Mais quoi qu’on en dise, Berlin reste la grande ville allemande où les salaires sont les plus bas… Un championnat remporté sans honneur!

Étude

Gfk a utilisé le revenu net: Salaire/pensions + tous les transferts sociaux – les impôts et contributions sociales.

Foyers disposant de moins 1100€ par mois (considéré comme faible par l’institut):
Berlin: 25%
Hambourg: 19.9%
Munich: 6%
Moyenne fédérale: 14%

Foyers disposant de plus de 2600€ par mois:
Berlin: 30.7%
Moyenne fédérale: 45.6%

Foyers disposant de plus de 7500€ par mois:
Berlin: 1.54%
Moyenne fédérale: 3.1%

Chômage à Berlin: 12.8% (championne!)
Prestataires de transferts sociaux: 600000

54.4% des foyers berlinois sont habités par des personnes seules (1er rang: Regensburg 55.8%). Moyenne fédérale 40%

31% des foyers allemands sont habités par plusieurs adultes sans enfants. Il n’y a des enfants que dans 29% des foyers.

30% des foyers berlinois sont habités par des personnes de plus de 60 ans. Moyenne fédérale: 34.5%

Les données au niveau des revenus ont à peine changé depuis 2008, ce qui laisse donc penser que la baisse de la classe moyenne n’a pas lieu, au contraire de ce que racontent les Allemands.

Le super tableau:

Bande passante: Telenor engeulée par Forbrukerrådet

Forbrukerrådet, l’OPC norvégien, a rappelé à l’ordre l’opérateur Telenor au sujet de la bande passante: pas question de faire payer plus, ceci allant à l’encontre du principe de neutralité du net.

Plus tôt cette semaine, Telenor annonçait vouloir facturer davantage ses clients qui regardent des vidéos en ligne, de même que les sites qui mettent en ligne ce contenu. NRK.

Une proposition rejetée par les deux parties, mais aussi par le conseil des consommateurs.

Dans un communiqué, l’organisme gouvernemental explique que ce n’est pas possible puisque Telenor contreviendrait à un accord sur la neutralité du net qu’elle a elle-même signée en 2009.

On accuse Telenor de vouloir tuer l’innovation sur le web, et on lui rappelle que "si personne ne met de contenu en ligne, personne n’ira".

Or, tout ce que Telenor dit, c’est que ses coûts augmentent à mesure que le trafic fait pareil et qu’elle ne fait seulement que chercher à les récupérer. Tarifs internet Telenor

Peut-être qu’effectivement, Telenor a raison de vouloir augmenter ses tarifs, je ne sais pas, mais on voit bien qu’en Norvège, l’État n’est pas complice du racket des ISP comme au Canada!

Stjórnlagaþingskosning ógild: la revanche de Davíð Oddsson?

La nouvelle est tombée hier vers 15:00: la Cour Suprême d’Islande invalidait l’élection de l’assemblée constituante, élue le 27 novembre dernier.

Mon premier feedback: Ça sent la job de bras.

Le jugement est trop complexe pour que je puisse bien le comprendre. J’ai dû me rabattre sur les résumés faits à la télévision et dans les journaux.

Le plus haut tribunal du pays a donné raison aux trois plaignants, deux électeurs et un candidat battu. Iceland Review traduit ici les raisons qui poussent les juges à déclarer l’élection invalide pour cause de déficiences majeures dans son exécution.

Donc, rien à voir avec les raisons que certains, donc moi, avaient invoqué pour parler d’un déficit de légitimité de l’assemblée, élue avec un taux de participation famélique en raison de la faible médiatisation des candidats, de la complexité de la méthode employée voire du désintérêt de l’opinion publique… Plusieurs Islandais ne voyant pas le rapport entre l’effondrement du système bancaire et la révision de la constitution.

Jóhanna Sigurðardóttir, qui a pogné les nerfs en chambre (à partir de la 55ième minute), assure que l’assemblée aura lieu comme prévu. Soit on votera encore, soit l’Althing confirmera l’élection des 25 candidats.

Vous comprendrez qu’on a déjà dépensé des milliards (de couronnes!) alors s’il fallait recommencer ou tout annuler…

Je ne dis pas qu’il y avait des questionnements à faire sur le processus d’élection et, avouons-le, la Cour Suprême n’invalide pas une élection sans se baser sur des faits et des lois en vigueur.

Soit dit. Le Parti de l’Indépendance, Ólöf Nordal en tête, entend bien récupérer le tout pour frapper encore plus durement sur le gouvernement. Nul doute que l’opposition, boostée par les sondages, ne peut qu’en profiter pour appeler au déclenchement d’élections anticipées. Car d’après l’opposition conservatrice, le gouvernement perd sa légitimité si l’assemblée constituante est invalidée.

Si on fouille plus, peut-on dire que le Parti de l’Indépendance a quelque chose à voir avec le jugement? Je crois que oui. Commençons par les trois plaignants. Qui sont-ils?

Óðinn Sigþórsson: Président de l’association des propriétaires de rivières d’Islande et vice-président de l’association des propriétaires de terre d’Islande.

Skafti Harðarson: Candidat non-élu à l’élection (qui, en passant, ne s’est jamais plaint avant ou pendant l’élection), il est cadre pour la chaîne de magasins de rénovation Húsasmiðjan.

Þorgrímur S. Þorgrímsson: Siège parmi les dirigeants d’une section locale du Parti de l’Indépendance à Neskaupstaður dans l’est du pays (Austurland).

Si les liens du troisième avec le Parti de l’Indépendance, farouche opposant à la réforme, ne font aucun doute, mes préjugés m’amène à soupçonner que les deux autres sont également proches du parti. D’ailleurs, à en croire sa citation reprise ici, Skafti utilise la même argumentation que le Parti de l’Indépendance pour s’opposer: le coût et l’impossibilité à tracer des liens entre la constitution et l’effondrement des banques en 2008.

Quant à la question existentielle: Pourquoi avoir attendu après? Elle ne trouve pas de réponse chez les trois intéressés.

L’autre aspect rappelle l’Affaire Bellemarre et la Commission Bastarache. Les juges à la Cour Suprême d’Islande sont nommés par le président sous proposition du ministre de la justice et – oh coïncidence! – tous les juges actuels ont été nommés par l’ancien gouvernement, donc le Parti de l’Indépendance, ils le connaissent peut-être bien…

Enfin, une job de bras ne saurait être complète sans un média qui s’en prend à vous… En l’occurrence, le quotidien Morgunbladid, très proche du parti et dont le rédacteur en chef est nul autre que…David Oddsson!

Il paraitrait que tout ceci serait due à la crainte de voir les ressources naturelles nationalisées par la prochaine constitution. Ce n’est pas impossible mais, dans tous les cas, on ne peut que donner raison à ces Islandais écoeurés par la politique et qui affirment que rien n’a changé…

Ah oui, ce soir on apprenait que le directeur général des élections songerait à démissionner… À suivre!

Job de bras

"Noir, interdit et totalement non-nécessaire"

Tel est le titre d’un reportage de ZDF sur le travail au noir en Allemagne. Reportage dont le texte, à l’image du titre, n’est rien d’autre qu’un communiqué de presse gouvernemental sur l’importance de déclarer son travail, phrases condescendantes sur la facilité de le faire comprises.

Il y a certainement matière à protester sur le manque flagrant de recul de ZDF pour ce texte qui n’est rien d’autre qu’une infopub du Zollamt.

Mais ce qui me pousse à écrire là-dessus, c’est surtout cette impression que l’État allemand cherche à maintenir certaines personnes dans la pauvreté.

Le reportage parle de crédits d’impôt sur la main d’oeuvre à domicile, question de régulariser ce secteur où 95% du travail est au noir. Soit. Sauf que, pour inciter les employeurs à déclarer, le gouvernement allemand a placé tous ces travailleurs dans la catégorie "minijob". Un Minijob, dans le droit du travail allemand, c’est un emploi de merde à temps partiel où l’État abaisse les charges de l’employeur sous prétexte que cet emploi serait au noir sinon.

Vrai que ça permet à des chômeurs de faire autre chose que rester chez eux. Mais vrai aussi que ça constitue une manière pour plusieurs employeurs de payer des salaires affreux, puisque beaucoup des 5 millions de bénéficiaires de ce "programme" sont prestataires de transferts sociaux.

Bien sûr, personne ne force une personne à aller travailler à 400€ par mois à temps plein, ce qui équivaut à un salaire horaire de 2.50€ et je considère qu’il faut beaucoup de courage pour ça.

Si vous remarquez bien, le discours politico-médiatique est que le travail au noir constitue du vol. Je me rappelle d’avoir regardé Enquête cet automne, où on nous montrait des immigrants payés 8-9$ de l’heure cash. Jamais on n’a expliqué qu’à ce salaire-là, cash, on a plus d’argent que légalement au salaire minimum.

Les Allemands ne sont pas différents de ce que j’ai observé au Québec. On paie en-dessous de la table pour éviter les taxes, pas pour économiser sur le dos des salariés. À preuve, les gars de la construction demandent le même salaire au noir qu’au "blanc"!

Dans cet autre texte, on parle d’une femme de ménage polonaise qui travaille au noir et qui a écrit un livre pour parler de ce qu’elle voit dans les maisons des Allemands (ex: un hamster mort sous un lit!). À temps plein, la dame gagne entre 1500 et 2000€ par mois. Clair, dans ses poches. Si on compare avec la moyenne des salaires net, elle n’est pas dans la rue.

Je veux bien croire qu’on ne peut pas tout généraliser à partir d’un cas. Mais je trouve injuste que la faible création d’emploi soit toujours mise sur le dos de l’avarice des entreprises. Surtout quand l’État leur fournit toutes les raisons pour justifier leurs actions…


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