Archives de novembre 2011

Une pauvre pas assez pauvre…

L’histoire commence à la fin octobre sur Facebook. Le député Liberal Alliance Joachim B. Olsen se dit exaspéré d’entendre parler de pauvreté au Danemark alors que des millions de personnes souffrent de la faim dans la monde.

Voyez-vous, contrairement au Québec ou au Canada, les Danois ne sont pas certains qu’il y ait des pauvres dans leur pays. À gauche, on parle de gens à faibles revenus ou des prestataires d’aide sociale. À droite, on dit que non car le système social danois assure à tous leurs besoins de base. Et, en passant, Danmarks Statistik n’a même pas de vrais chiffres sur le phénomène puisqu’elle ne l’étudie pas. Tout au plus parle-t-on des gens disposant de moins de 60% du revenu moyen afin de cadrer le tout dans des statistiques européennes.

Après avoir croisé le fer sur Facebook et dans les médias, Joachim B. Olsen a accepté l’invitation de la députée socialiste (SF) Özlem Cekic d’aller visiter une famille danoise pauvre. Critère: Des revenus mensuels d’environ 16000 kr après impôt (5200$).

Une mère monoparentale a donc accepté de leur ouvrir son budget.

Et c’est là que Mme Cekic a été "owned" comme on dit… "Carina" a assez d’argent pour fumer, avoir un chien et inscrire son fils au football. Non seulement a-t-elle 5000 kr pour se nourrir tous les mois mais, en plus, les organismes d’aide la considèrent trop riche pour recevoir de l’aide alimentaire à Noël!

Embarassée, Özlem Cekic a dû reconnaitre son erreur.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de pauvres au Danemark. Seulement, la prochaine fois, allez donc voir une des 18000 personnes qui se qualifient pour la Julhjaelp!

Hôpital: 250 km

Je l’avoue, je me suis toujours bien marré de ces histoires concernant les grands espaces canadiens. L’explication serait probablement que je ne suis jamais sorti des zones habitées. Parallèlement, je suis tout aussi désintéressé quand on me parle sur comment les Européens vivent collés. Très vite, je rappelle à mes interlocuteurs que 1000 km séparent Paris de la Côte d’Azur, qu’il faut des heures pour traverser l’Allemagne et qu’au départ de Copenhague, on roule 500 km avant d’atteindre la pointe nord du Danemark.

En 2007, j’ai pris le train de Paris vers Montluçon pour assister au mariage de mes amis dans le département de l’Allier…. 3 heures dans le bois! À me descente, je me suis exclamé "Veux-tu bien me dire pourquoi les Français viennent au Québec pour aller dans le bois?"

C’est en Islande que la notion de "territoire vide" s’est vraiment ancrée dans moi. 320000 personnes vivent sur 103000 km2 et une fois qu’on enlève le sud-ouest du pays, Akureyri et l’archipel de Vestmannaeyjar, il reste moins 100000 personnes sur un territoire immense. Rouler 2-300 km et ne rencontrer qu’une dizaine de véhicules, voir des fermes où le plus proche voisin est à des dizaines de kilomètres, voilà.

La fermière de Moðrudalur nous expliquait que le voisin est à 37 km, l’épicerie 60 et la ville 104. Helga, notre guide, disait que pour vivre dans ces coins reculés de l’est du pays, il faut avoir un congélateur bien rempli et être prêt à tout, y compris éteindre l’incendie de sa maison. La scolarité des gens est basse, les jeunes n’ayant pas toujours les moyens de continuer leurs études s’ils doivent habiter en ville… Au primaire, les enfants doivent tellement parcourir de kilomètres en autobus qu’ils ont des horaires de cours spéciaux.

Tout ça pour en venir à un sujet d’actualité de ce mardi: les salles d’accouchement en Islande rurale. Dans 7 régions du pays, les mamans doivent parcourir plus de 75 km pour donner naissance à leur enfant, la palme revient aux résidentes de Þórshöfn á Langanesi – 250 km pour se rendre à l’hôpital d’Akureyri. Un trajet long mais aussi impensable par mauvais temps, et en Islande c’est plus la norme qu’autre chose (exemple).

Pourquoi on en parle? C’est que l’Islande a besoin d’argent et les services de santé en région rurale sont dans la ligne de mire. Or, c’est un roue qui tourne, par prévoyance, les femmes se rendent en ville au lieu d’avoir à parcourir de si grandes distances. Donc, les salles d’accouchement des dispensaires des plus petites communautés en viennent à ne plus être utilisées: on ne recense aucune naissance à Egilsstaðir depuis 2002, à Húsavík depuis 2007 et à Patreksfjorður depuis 2004. Et même dans les plus grandes, compte tenu de la baisse de la fécondité, on observe une baisse des accouchements.

Le dilemme est donc prévisible. D’un point de vue comptable, logique de fermer des installations qui ne sont pas utilisées. Mais la population locale y tient tout de même, le service devant exister pour des situations d’urgence telle une naissance prématurée.

J’avoue ne pas être 100% certain que la situation ne se produit pas au Canada mais la prochaine fois qu’on m’en parler, je saurai quoi répliquer… :D

Huang Nubo: Anguille sous roche

Le milliardaire chinois Huang Nubo est en beau maudit: le gouvernement islandais a fait volte-face et on refuse désormais de lui vendre un terrain de 300 km2, terrain qu’il disait acquérir pour construire un hôtel et un terrain de golf.

J’ai vu des gens applaudir la chose sur mon fil Twitter, notamment Bernard Drainville. Et, pour être franc avec vous, je ne crois pas qu’empêcher la transaction était une mauvaise idée.

Seulement, je m’attends à avoir une meilleur discussion. Normal que des protectionnistes s’objecteront, tout comme ceux qui ne jurent que par la nationalisation des ressources naturelles… Ce sont, disons, des justifications habituelles, universelles. Sortez-moi des paroles adaptées au sujet!

Plusieurs Islandais n’ont pas apprécié les tours de passe de la canadienne Magma Energy afin d’aquérir HS Orka..et, plus près de nous, il est de bon ton de rejeter les investissements d’entreprises non-québécoises dans des secteurs dits stratégiques.

Telle Pauline Marois ce soir, notre investisseur chinois affirme que c’est son origine ethnique qui discrédite son projet islandais.

Personnellement, et j’ai vu mon opinion partagée par bon nombre d’Islandais sur le web, je suis inconfortable avec les liens de Huang Nubo avec le pouvoir chinois. J’ai l’impression qu’il se trame quelque chose de louche, qu’il y a là une mission politique.

C’est que, voyez-vous, son projet ne tient pas de bout. Ouvrir un gigantesque hôtel dans le nord-est de l’Islande, ça ne tient pas la route d’un point de vue économique. Un terrain de golf dans une région enneigée 8 mois sur 12? Voyons!

La Chine aime beaucoup l’Islande, son ambassade est la plus grande de Reykjavík. Pas de doute que Pékin se cherche un coin près du Pôle Nord.

La prochaine fois, ils feront ça plus discrètement.

P.S.: Reportage télévisé sur la chicane entre les deux camps gouvernementaux: l’extrême-gauche exige une interdiction totale de la vente de terrains à des étrangers, les sociaux-démocrates préfèrent y aller au cas par cas.

L’héritage brun de la RDA

Il est de bon ton de blâmer l’extrémisme politique sur le dos de la misère humaine. L’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933 est, plus souvent qu’autrement, expliquée par la détresse économique de l’Allemagne après 1929. Il en va de même pour la "popularité" des "Bruns" en ex-RDA: la population y serait désaxée suite à l’effondrement du régime communiste. Personnellement, je ne crois pas que ça puisse tout expliquer et, à mon avis, c’est une explication très partisane.

J’ai eu la chance d’en discuter un jour, avec des gens qui m’ont bien expliqué que le SED fermait les yeux sur la mouvance nationaliste, ce qui fait que les Allemands de l’Est n’ont jamais eu la même honte d’être Allemand que leurs cousins de l’Ouest. Et, même si le sujet demeure méconnu, le cinéma l’a immortalisé dans deux films: Führer Ex est surement le plus connu mais, fait inusité, la censure est-allemande a laissé passer, dans Coming Out sorti à l’automne 1989, une scène où la Volkspolizei ferme les yeux sur des skinheads attaquant un bar gay de Berlin-Est.

Dans la foulée du scandale des Dönermorder, Die Welt publie un texte tout à fait captivant intitulé "Braunes Erbe der DDR", où Freya Klier explique bien les liens entre le nazisme, le régime du SED et l’impact sur les Ossis d’aujourd’hui.

Les 40 ans d’histoire de la RDA sont marquées par un antisémitisme et une xénophobie très bien entretenus par le régime.

Pour combler les manques de main d’oeuvre suite à l’émigration massive d’avant le Mur, la RDA fit venir des contingents de Vietnamiens et de Mozambicains (qui furent presque tous expulsés à la Réunification). Ces travailleurs, qui ne pouvaient rester plus de 3 ans, étaient soumis à un régime de vie inacceptable. On les forçait à vivre dans des résidences séparées, n’avaient pas le droit d’entrer dans les cafés et restaurants, devaient demander la permission pour se déplacer hors de leur ville de résidence. Au travail, ils étaient confinés aux tâches "inférieures".

On leur interdisait aussi d’apprendre l’allemand. Et, gardons le pire pour la fin, les autorités est-allemandes avortaient de force toute "travailleuse immigrée" enceinte. Gageons que les néonazis n’auraient rien à redire à propos d’une telle politique issue pourtant de leurs ennemis…

L’auteure avait été menacée de mort pour avoir publié cette histoire en septembre 1990. Elle relate aussi qu’en 1935, un Nazi avait violé une de ses amies juives et qu’elle l’avait retrouvée, plus tard, secrétaire du SED.

En 1986, le régime a voulu détruire le cimetière juif du quartier Weißensee à Berlin. Un an plus tard, des hordes de jeunes attaquaient des juifs réunis dans une église à grands cris "Juden raus aus deutschen Kirchen" et "Sieg Heil". En 1990, Freya Klier a été prise à partie dans un S-Bahn en raison de ses cheveux foncés. En 1993, des résidents du quartier berlinois de Köpenick se sont opposés à l’installation de réfugiés bosniaques, qu’ils appelaient des porcs, dans leur voisinage.

Vingt ans plus tard, la dame constate que si les Ossis gardent leurs opinions pour eux-mêmes, ils n’ont pas changé pour autant. Des élèves de Neuruppin (Brandenburg) lui ont déjà juré qu’ils sont "submergés par les étrangers" alors qu’aucune personne dans l’école est née hors de l’Allemagne!

Die Linke doit cesser d’être hypocrite et reconnaitre qu’il a très bien préparé le terrain. Et l’Est doit faire le même travail d’introspection qu’a fait l’Ouest, surtout après 1968.

Occupy Reykjavík: Sale et illégal

Parce que les manifestants ne détenaient pas de permis, la police islandaise avait rapidement délogé les campeurs installés sur Austurvöllur devant le parlement. S’en était suivi une régularisation rapide de leur situation, donc leur retour, mais dans une indifférence médiatique et populaire quasi complète: on n’en a parlé que lorsqu’une députée conservatrice ai accusé la ville de Reykjavík d’outrage au parlement en ayant permis aux manifestants de camper là et quand le député Thor Saari a proposé de les laisser utiliser les toilettes du parlement.

Ce soir, l’adjoint au maire leur a signifié que leur temps est compté puisque le permis de rassemblement n’a pas été renouvelé. Aussi, c’est en fin de semaine qu’on installe les décorations de Noël et pas question que la poignée de campeurs ne viennent troubler la tradition.

Selon la ville, Occupy Reykjavík n’a pas respecté les conditions de son permis puisque des déchets trainent sur la place.

Être sale, la meilleure façon de perdre toute crédibilité dans un pays germanique :D

Mbl.is

D’un extrême à l’autre

Billet ayant dû être écrit samedi

Le 21 novembre 1992, le squatteur anarchiste Silvio Meier était poignardé à mort à la sortie ouest de la station de métro Samariterstrasse dans Friedrichshain (au coin de chez nous, dans mon ancienne vie).

Depuis, chaque année, l’extrême-gauche se rassemble afin de commémorer sa mort ainsi que tous les crimes commis par ceux qu’ils appellent les Fascistes. La marche de cette année a eu lieu samedi, l’édition 2011 prenant une saveur particulière alors que l’Allemagne est encore sous le choc des "Döner-Morde".

Le simple nom de l’évènement, "Demo gegen Rechts" (Manif contre la droite), explique à lui seul pourquoi aucun parti politique allemand, aussi libéral soit-il, ne veut être associé à la droite du centre. C’est le spot des nazis, point.

On peut parler pendant des milliers d’années de la justesse théorique d’un tel positionnement mais bon.

Une marche de 2600 personnes, encadrées par 600 policiers, dans le calme si ce n’est les habituelles roches lancées aux policiers et sur les véhicules.

Moi, quand je les regarde, j’ai l’impression de voir un gang de rue qui pleure ses victimes aux mains de ses adversaires. Je n’ai aucune pitié pour ces anti-démocrates de gauche qui se croient persécutés par ces anti-démocrates de droite. Ce sont deux extrémismes qui non seulement ont plus en commun qu’ils ne voudraient l’admettre mais qui, dans les faits, ne représentent pas grand chose (ni grand monde) dans l’ordre politique actuel.

Ils me font rire, ces gens d’extrême-gauche habillés en noir qui exigent que la constitution allemande interdise le nazisme. Non seulement parce que le droit criminel allemand est déjà assez poussé là-dessus mais aussi parce que ce n’est pas en interdisant quelque chose qu’il disparait.

Devrait-on leur rappeler qu’en plus, ça serait utiliser la même médecine que le Troisième Reich a servi aux partis politiques?

Pire encore, interdire le nazisme voudrait aussi dire, par sa définition, interdire le communisme…

Ceci dit, tant et aussi longtemps que le communisme aura bonne presse en Allemagne et de par le monde, on continuera à fermer les yeux.

Berliner Morgenpost

P.S.: Je vous invite à poursuivre la discussion chez Antagoniste

Noch Einmal

À mon grand désarroi, chaque révélation dans l’affaire des "Döner-Morde" se fait sous les "applaudissements" de la gauche allemande, elle qui trouve que les services de secrets sont plus intéressés par le communisme que le nazisme. Ceci dit, alors que la police annonce que le nombre de victimes de la "terreur brune" serait beaucoup plus élevé qu’on le pensait ici), je crois que c’est toute l’Allemagne qui doit non seulement cesser de se laver les mains avec l’extrémisme politique mais aussi vis-à-vis tout cette culture qui encourage, ou du moins ferme les yeux, la xénophobie (j’y reviendrai avec un document de Der Spiegel d’ici quelques jours).

Prenons, par exemple, ce fait divers de vendredi: un Africain (en Allemagne, on dit pas noir, puisque les Nazis utilisaient ce mot) de 62 ans a été injurié par rapport à sa couleur de peau par un contrôleur de la société de transports de Berlin parce qu’il voyageait sans billet. De tels cas on beau finir entre les mains de la police, leur fréquence rappelle comment les Allemands n’ont manifestement rien compris.

Et c’est le pire de toute cette histoire.


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