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Monsieur Lisée, Franz Kafka était Mordecai Richler

Quelle ironie d’entendre Jean-François Lisée faire référence à Kafka lors d’une discussion sur le français dans les milieux de travail au Québec!

Né en 1883, Franz Kafka a vécu presque toute sa vie à Prague qui, jusqu’en 1918, faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Et le Prague de Kafka, qui était d’ailleurs juif, c’était « Prag » et non pas « Praha ».

À son époque, l’Empire fonctionnait en allemand et c’est dans cette langue qu’il fallait évoluer si on voulait avancer dans la vie, le statut officiel de la langue tchèque n’ayant été établi qu’en 1897.

Prague avait vraisemblablement ses « grosses Anglaises de chez Eaton’s » et si votre nom de famille était…ahem…Nadvornikova (je vois déjà rire Mathieu Demers), vous aviez généralement le même genre de destin que les Canadiens-français à la même époque.

Les oeuvres de Kafka n’ont pas été traduites en tchèque de son vivant et, même aujourd’hui, il est tellement tchèque que Wikipédia tchèque ne le dit même pas:

Franz Kafka (3. července 1883, Praha – 3. června 1924, Kierling u Klosterneuburgu) byl pražský, německy píšící spisovatel židovského původu a jeden z literárně nejvlivnějších a nejoceňovanějších spisovatelů 20. století.

Un Pragois de langue allemande et de confession juive.

En bon québécois, ça devient donc un Montréalais de langue anglaise et de confession juive.

Monsieur Lisée, controverses politiques en moins, Franz Kafka est à la République Tchèque ce que Mordecai Richler est au Québec.

Comme je disais, quelle ironie!

L’argent sale

La chanteuse d’opéra norvégienne Mari Eriksmoen est la lauréate 2011 de la bourse Statoil pour le talent en musique classique. 1 million de couronnes norvégiennes, ce n’est pas des peanuts, c’est 178000$.

Statoil appuie financièrement la scène musicale norvégienne depuis de nombreuses années par des bourses aux artistes ou en commanditant des évènements. Un rôle qui, finalement, ressemble à ce que nos Hydro/Loto/SAQ font chez nous.

Sauf que Statoil n’a pas la chance d’être dans une industrie aussi noble que la vente de loterie ou d’alcool, elle est plutôt dans le pétrole. Ainsi, son action en culture est controversée. Maja Ratkje considère que Statoil utilise les arts pour embellir son image ternie par ses investissements dans les sables bitumineux de l’Alberta (Dagsavisen).

Dans d’autres cas, on a refusé l’argent de Statoil pour protester contre l’exploration pétrolières à Lofoten (btw, ce groupe avait été âprement critiqué pour avoir chanté à un rassemblement du FrP, le diable politique). Mais en règle générale, la seule raison d’être de Statoil, l’industrie pétrolière, suffit à faire fuir: Ici, le Dagsavisen rappelle que plusieurs artistes refusent de se produire au festival Bylarm en raison du commanditaire principal.

Remarquez que c’est leur droit et ses gens assument les conséquences de leurs gestes, il est vrai.

Néanmoins, il s’agit d’une grande marque d’hypocrisie. Avant le pétrole, la Norvège était un pays de pêcheurs et d’agriculteurs. Elle doit sa prospérité à l’or noir, à qui on a même donné un coeur et une vertu en la nationalisant (quoique que personne en Norvège n’ose utiliser le terme « éthique »). Chaque seconde de leur vie, les Norvégiens bénéficient de la richesse apportée par le pétrole (par contre, j’en ai souvent parlé, la Norvège ne gaspille pas cet argent).

Ça ressemble à nos bons politiciens québécois qui aiment cracher sur le pétrole albertain mais qui ne se passeraient pas du chèque de péréquation qui tient le Québec à flot!

Mais si les artistes norvégiens savent dire « nei » à Statoil, verrait-on Roy Dupuis refuser quelque chose financé par Hydro-Québec en raison de son combat contre les barrages hydroélectriques?

L’OQLF au secours de Jean Charest

Apparemment, la marche de 500 « fascistes linguistiques » aurait supposé suffit à convaincre le ministre du bonheur d’accorder des crédits afin que l’Office Québécois de la Langue Française démarre toute une campagne de sensibilisation au « respect du français dans l’affichage commercial », programme éventuellement assorti « d’aide financière » aux entreprises.

Fort probable que l’opposition péquiste ne trouve rien à redire.

Mais croyez-vous vraiment que ce sont ces 500 personnes qui ont convaincu le gouvernement? Le Parti Libéral n’a strictement rien à gagner en pliant face à des extrémistes tels Mario Beaulieu et Jean-Paul Perreault. On sait que les gens de ce genre, et même des plus modérés, se plaisent bien à l’appeler « John James Charest », à le considérer comme un Quisling du fédéralisme ou du colonialisme britannique.

Mais Jean Charest est un fin renard. Il sait très bien que le peuple resserre les rangs quand la nation est menacée, un bon vieux truc de dictateur impopulaire qu’on peut très bien recycler partout.

Et pendant qu’on en parlera, on oubliera qu’il n’y a toujours pas d’enquête sur la construction et que le Québec arrive de plus en plus proche de la faillite…

Cachez ces trophées pas assez prestigieux?

Dimanche en soirée, Jonathan Boyer a tweeté cet article de Canoe où Karkwa exprime son mécontentement envers l’ADISQ, qui les a fait revenir d’Europe pour jouer mais sans leur remettre de prix.

Je me demande cependant pourquoi chialer qu’on ne gagne pas quand on n’est même foutu de le mettre sur son CV?

«En général, il y a un manque de curiosité flagrante au Québec, poursuit François. L’autre jour, j’ai vu des annonces de la radio NRJ au cinéma et c’était Sean Paul et Lady Gaga que l’on voyait. Où sont les Québécois là-dedans? Ils disent qu’ils aiment la musique francophone québécoise, mais c’est de la crisse de marde!»

Sur une note plus joyeuse, Karkwa a amorcé une nouvelle tournée européenne, à la mi-octobre. Le groupe s’est produit notamment au Iceland Airwaves, un populaire festival de musique, en Islande. «On a donné deux concerts et il y avait environ 200 personnes, dit Louis-Jean. Je me suis fait arrêter sur la rue par un Islandais qui m’a dit qu’il nous suivait depuis Les tremblements s’immobilisent.»

Euh…désolé les boys mais ça ne marche pas comme ça. On confond les genres ici. Conservatisme et uniformité des majors, ça ne veut pas dire que le public est aussi mainstream que les matantes de Star Académie. Si c’est comme « dans mon temps », les plus jeunes ne se reconnaissent pas vraiment dans la pop bonbon de NRJ et Musique Plus.

Mais la musique, c’est comme tout le reste. Pas tout le monde est un Claude Rajotte. Et c’est même relatif: mon ipod est peut-être exotique dans ma voiture ici mais dans le marché d’origine de ces artistes, bof…

Louis-Jean s’étonne d’avoir un fan à Reykjavik? Páll Óskar serait peut-être surpris de savoir que je tape ce billet en écoutant sa pièce « La dolce vita ». J’ai déjà croisé des acteurs allemands au Saguenay.

Mais est-ce que ça veut dire que, parce qu’un dude random les connait qu’ils sont partout en Islande? Allo! Oui, je me souviens très bien que c’est à Rás 2 que j’avais découvert Malajube et possible que Karkwa y ait déjà figuré mais reste que je suis certain que si François voyait ceci, il se dirait que la direction musicale de FM957 pense, comme il présume pour NRJ, aussi que « íslenski tónlistinn er skít ».

Combien d’artistes européens ont gagné un prix aux MTV Europe Music Awards? ZÉRO! À part Justin Bieber et le groupe coréen BigBang, tous les gagnants sont Américains. Est-ce que ça veut dire qu’aucun artiste européen ne peut rivaliser avec eux? Pas du tout.

Les artistes québécois qui en veulent aux majors parce que leur matériel, moins mainstream, ne passe pas, ne devraient pas voir leur salut dans des quotas plus stricts. C’est au contraire ce qui étouffe la musique québécoise.

Aucun musicien au Québec ne pourra réaliser son plein potentiel tant et aussi longtemps que les quotas de l’ADISQ et du CRTC le protégeront.

Visir.is

Rebaptiser les commerces: Laver plus blanc que blanc

Samedi après-midi, le centre-ville de Montréal a été « visité » par des manifestants sympathiques à la cause du Mouvement Montréal Français pour augmenter la présence du français dans les commerces. Signe que l’agenda des militants linguistique se radicalise, la cible n’est désormais plus tant la langue de service (la situation s’étant grandement améliorée), mais les noms.

Permettez-moi d’abord de voir, encore une fois, une preuve que ces gens sont anti-anglais davantage que pro-français quand j’observe que des marques comme American Apparel et Second Cup les empêchent de dormir, mais qu’ils n’ont absolument rien à cirer du suédois IKEA ou des danois Jysk ou Ecco.

Je rage quand j’entends Denis Trudel dire à François Cormier de Radio-Canada que le mouvement n’exige que la « normalité », ce que « tous les peuples du monde ont ».

Bien, Denis, allons voir…

Constatons d’abord que les « Bureaux en Gros », « Marché Express » ou encore « Les Cafés Starbucks » sont des faveurs accordées aux marché québécois et dont on ne retrouve que peu d’exemples ailleurs dans le monde.

L’automobiliste européen qui va faire le plein chez Total va payer dans un dépanneur appelé « Bonjour » sur la totalité du continent… Pas de « Ciao » ou de « Dobry den ». À côté, Aral impose la bannière « Aral Store ». Lequel préférez-vous?

Les grandes banques américaines servent volontiers leurs clients en espagnol mais elles ne traduiraient jamais le « branding » de leurs cartes, et encore moins leurs noms. D’ailleurs, trouvez-moi donc le slovaque sur celles-ci, ici je vois très bien le « expires end of » mais pas de féroïen et aucune trace de russe ici non plus. Une des grandes institutions financières suédoises a pour nom Swedbank, pas Sveriges Bank.

Mais puisque l’on parle de magasins et de vitrines, continuons notre tour du monde…

Voici l’affichage des soldes devant un magasin Karstadt en Allemagne.

Observons les noms des commerces dans ces centres d’achats de Reykjavik, Oslo, Mlada Boleslav, Copenhague et même Sofia.

Les mêmes noms reviennent, sans traduction, et même, parfois, derrière une raison sociale anglaise se cache une entreprise tout à fait locale. Et non, ça ne semble pas causer d’urticaire à beaucoup de monde hors du Québec et de la France.

Ma recherche m’a même fait découvrir que Pharmaprix a des magasins en Pologne, en Israël et en Chine sous le très local nom de Super Pharm!

Et au final, parce qu’on pourrait en parler éternellement, j’aimerais souligner que, selon moi, ces enragés du français devraient apprendre à pardonner. Pardonner, ça ne veut pas dire s’écraser ou se soumettre, contrairement à ce qui semble être exprimé.

Je me souviens de mon étonnement de voir des touristes israéliens en Allemagne, tout comme je trouvais étrange les bonnes relations des Tchèques et des Polonais à l’égard de leurs voisins qui, il y a 70 ans, voulaient les exterminer. Et quand j’en ai discuté, on me disait essentiellement « C’est fini ces histoires-là ».

Il n’y a jamais eu de chambres à gaz au Québec. Aucune mesure contre le français n’a été aussi dure que ce que la Russie et l’Allemagne ont fait subir à la culture polonaise.

Et pourtant, à entendre nos drama queens nationalistes, on croirait que c’est tout le contraire.

Bien ce sont eux les impérialistes.

Les gros bras de l’ADISQ

Au cours des dernières semaines, avec ce qui s’est passé dans les syndicats de la construction, plusieurs ont remarqué que la loi du silence règne dans ce milieu où le risque de se faire casser les deux jambes est bien présent.

Serait-ce la même chose en musique?

En ces temps où le milieu québécois de la musique se donne des tapes dans le dos à son gala, force est de remarquer que, soudainement, plusieurs commentateurs reprennent la « job de bras », ce rêve d’épurer les ondes québécoises de culture étrangère. Et, comme quoi c’est pire que jamais, maintenant il faut que la musique francophone soit aussi d’ici sinon on fait une crise de nerfs. Exemples ici, ici et , notamment.

Au cours du Gala des Gémeaux, une personne est montée sur scène souhaitant la fin de l’importation de toute télé. J’ai l’impression que c’est là que le milieu musical est rendu. L’ADISQ a déjà forcé l’application de règles obligeant les radios à diffuser 55% de musique francophone mais ce n’est pas encore assez: Désormais, il faut tasser la toune française de Mika pour mettre Robert Charlebois!

Du côté des auditeurs, j’assimile cela à une forme de censure pure et simple, j’en ai longuement parlé au cours des dernières années. Mais qu’en est-il des répercussions sur nos artistes? Ils évoluent dans un milieu fermé, bien à l’abri. C’est bien simple, l’ADISQ leur dit: « Vous n’êtes pas assez bon pour compétitioner avec … »

Et étant donné qu’au Québec, hors du français, point de reconnaissance des cliques et des lobbys puissants, que l’on cesse de se surprendre qu’un nombre croissant d’artistes ne sont nullement prophètes en leur pays.

Mais qu’il y a-t-il à espérer d’une association qui, on ne le rappellera jamais assez, envie le « Great Firewall of China »?

Oscars: « Syndrome Arcade Fire » pour Hævnen

« Ils peuvent se mettre notre Oscar dans un endroit sombre et peu éclairé ».

C’est la réaction de Peter Aalbæk Jensen, de la société de production Zentropa, lorsque le tabloid BT a demandé des commentaires à la suite de la victoire de Haevnen, de Susanne Bier, aux Oscars dimanche.

Le film a été sous-estimé au Danemark, n’ayant été que peu nominé et uniquement récompensé des prix Robert et Bodil pour la meilleur actrice féminine, Trine Dyrholm.

Peter A. Jensen n’y va pas avec le dos de la cuillère: « Jamais ça ne nous serait jamais arrivé chez nous parce que la maladie nationale du Danemark, c’est de cracher sur le succès des autres ».

Pendant ce temps, quelle ironie, les médias, le milieu artistique et les politiciens danois s’emballent sur qu’est-ce que la statuette gagnée à Hollywood peut bien signifier pour le « cinéma danois » et le « branding du Danemark ».

Ne manquait plus que « le Danemark gagne un Oscar » pour compléter le tout, et je l’ai vu!

Ça ne vous rappelle pas une certaine tribu d’Amérique du Nord après le Grammy d’Arcade Fire?


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