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9.11.1989: FREIHEIT!

En après-midi, Helmut Kohn arrive à Varsovie pour une visite officielle, la première d’un chancelier ouest-allemand depuis 1970 et, surtout, la première faite à un gouvernement polonais non-communiste depuis 40 ans.

C’est donc vers la Pologne, et non la RDA, que les yeux et les caméras sont tournés lors de ce jeudi de novembre…

À 16:00, le Comité central du SED est informé par le secrétaire général Egon Krenz qu’une nouvelle loi sur les voyages à l’étranger sera mise en vigeur dès le lendemain. Elle prévoit que les citoyens de la RDA seront libres d’obtenir passeports et visas à destination de tous les pays du monde, y compris la RFA et Berlin-Ouest. Le temps que les bureaux compétents se préparent, ordre est donné de ne pas publier la nouvelle avant 4:00 du matin le vendredi 10 novembre.

17:30: Günter Schabowski, nouveau responsable des relations avec les médias du Comité central, se voit remettre le texte de la nouvelle loi. Absent lors de la rencontre et en chemin vers la conférence de presse du ZK (CC), il n’a aucune idée de quoi il est question et note rapidement, au bas d’une page, d’en glisser un mot à la fin.

18:00: Début de la conférence de presse. La salle est pleine de journalistes et, comme c’est devenu l’habitude, la télévision est-allemande diffuse en direct.

18:53: Mention de la nouvelle loi sur les voyages. Une question de Riccardo Erhmann de l’agence italienne ANSA fait tout basculer: quand est-ce que cela entre en vigueur?. Ne disposant d’aucune autre information, Schabowski cherche dans ses papiers mais ne trouve pas.

Il est donc 18:57.

19:03: RTL annonce l’ouverture des frontières est-allemandes en fin de journal

19:04: AP sort l’annonce.

19:07: DPA publie à son tour.

19:15: ZDF sort la nouvelle pendant “Heute”. Plus tard dans la soirée, ZDF interrompra ses programmes pour répéter l’annonce.

19:30: Aktuelle Kamera présente la nouvelle en deuxième partie de journal

20:00: Le Tagesschau ouvre sur “DDR öffnet alle Grenzen”.

Au cours de la soirée, et surtout à partir de 20-20:30, les gens se rendent en masse aux postes-frontières où les gardes ne laissent pourtant passer personne. Sauf à Waltersdorfer Chaussee, mais c’est un poste trop “discret” pour que cela attire l’attention (d’ailleurs il faudra 20 ans pour que l’on dise que ça a été le premier).

21:00: Sur NBC, Tom Brokaw annonce la nouvelle depuis la Porte de Brandebourg.

21:10: À Bonn, le Bundestag termine sa session en chantant l’hymne national. À Varsovie, on informe Kohl et l’équipe du chancelier doit désormais composer avec son départ imminent vers Berlin-Ouest.

21:30: À Berlin-Est quartier Prenzlauer Berg, la ligne de voitures et de piétons demandant à passer fait désormais plus d’un kilomètre et on continue à arriver. Désemparée, la Volkspolizei continue d’appeler les gens au calme et à rentrer chez eux pour revenir le lendemain avec les papiers nécessaires. Mais, ça ne fait pas. La Stasi ordonne la “Ventilösung”: on fait traverser les fauteurs de trouble mais non sans oublier d’estamper leurs cartes d’identité afin de les empêcher de rentrer.

La tension monte d’un cran, tout le monde voulant être choisi. La foule s’emporte et crie: “Wir wollen raus!” “Wir kommer wieder!” mais, surtout, le célèbre “Tor Auf!”

22:00: La télévision est-allemande répète que les voyages doivent être “dûment autorisés”.

22:41: Sur ARD, le Tagesthemen consacre toute son édition à l’ouverture des frontières. Mais force et de constater que les journalistes se tiennent devant des postes de contrôle où, du côté ouest, tout est normal.

23:00: Les Berlinois de l’Ouest commencent à monter sur la Porte de Brandebourg, la police est-allemande réplique avec des canons à eau.

23:30: Après de nombreux appels à ses suprérieurs qui ne peuvent rien lui dire, le commandant Harald Jäger ordonne la levée des barrières au point de passage Bornholmer Strasse entre Prenzlauer Berg et Wedding.

23:50: Les autobus de Berlin-Ouest sont détournés vers la frontière et on annonce que le métro restera ouvert tout la nuit.

00:02: La Volkspolizei reçoit le message que tout est ouvert. Les canons à eau arrosent encore la Porte de Brandebourg mais, bientôt, la foule y sera trop grande.

Pendant la nuit, le Kurfürstendamm est envahi par les visiteurs venus de l’Est.

2:22: À Leipzig, départ du train de nuit pour Berlin. On y monte même par les fenêtres.

3:00: L’armée est-allemande arrive, la tension monte. La Porte de Brandebourg est à nouveau bloquée, les autorités veulent reprendre le contrôle. De l’ouest, on leur lance des roches. La démolition du Mur commence alors que de nombreux curieux amènent leurs marteaux.

À l’aube, les soldats de la NVA et les policiers vont rétablir l’ordre et les cartes d’identité devront être montrées pour passer. Mais on ne retournera plus jamais en arrière, contrairement à ce qui était craint.

Berlin vivait son plus beau jour! Comme le titrait le BZ: Berlin ist wieder Berlin!

En trois semaines, 11 millions d’Allemands de l’Est visiteront l’Ouest. 11 millions de personnes qui recevront chacune 100 Marks pour s’acheter quelque chose. Fruits, vêtements, musique… On se précipite dans les magasins. Berlin-Ouest manque d’autobus, l’Allemagne de l’Est mobilise ses trains… Dire que tout cela résulte d’une simple erreur.

Mais c’est sûrement la spontanéité qui a rendu ce moment si magique :D

8.11.1989: Changements au Politbüro

Le comité central du SED profite de sa rencontre pour se renouveler. Les vieux, les staliniens, les relicats de l’ère Honecker se font montrer la porte. 100000 personnes ont quitté le parti, insatisfaits de la situation.

Après les bus et les trams, l’armée sera désormais envoyée dans les hôpitaux car le personnel médical continue de fuir à l’Ouest. D’ailleurs, on apprend que 45000 personnes sont parties depuis 4 jours, c’est à dire depuis la réouverture de la frontière tchécoslovaque. Prague les dirige immédiatement vers la Bavière, où ils arrivent par centaines à l’heure. Les files de Trabant sont énormes, tant du côté est-allemand que tchécoslovaque.

Gracieuseté d’un user de YouTube, voici le Aktuelle Kamera de 19:30 le mercredi 8 novembre 1989:



7.11.1989: Démission du gouvernement

Il y a tellement eu de départs que l’armée doit conduire les autobus et les trams de Leipzig. À Berlin-Est, la Volkskammer rejette la loi sur les voyages soumise par le gouvernement.

Gouvernement qui, en fin d’après-midi, annonce sa démission par voie de communiqué.

4.11.1989: Premières manifs légales

Pour la première fois de l’histoire, une manifestation d’opposition est permise par le gouvernement. La population sort dans la rue pour réclamer des élections, l’ouverture des frontières et la fin des privilèges des membres du SED.

Ils sont plus d’un demi-million sur Alexanderplatz tandis que des milliers d’autres les joignent dans des dizaines de ville à travers la république.

Sur la tribune, des opposants notoires mais aussi des représentants de “l’ordre établi” tels Markus Wolf (MfS), Günter Schawbowski (Politbüro du SED), qui seront copieusement hués par la foule. À noter que la télévision retransmet le rassemblement en direct, chose impensable il y a encore une semaine.

30.10.1989: Fin du “Schwartz Kanal”

Fernsehen der DDR abandonne la propagande. Après plus de 1300 épisode, le programme hebdomadaire du Karl-Eduard von Schnitzer disparait des ondes.

Le même soir, AK Zwö fait son apparition à l’antenne de DDR-F2. C’est dans ce magazine que la télévision de la RDA s’excusera officiellement pour les années de servitude envers un régime déchu le soir du 3 novembre.

23.10.1989: la Hongrie se rappelle ses héros

Après 33 ans de silence, les Hongrois ont enfin le droit d’adresser leurs hommages aux révolutionnaires de 1956.

Vingt ans plus tard, c’est toujours un jour très important sur le calendrier.

18.10.1989: La fin d’Erich Honecker

La vague des démissions commence, et par la tête: Erich Honecker, chef du SED depuis 1971, quitte le pouvoir. C’est la réplique du SED aux manifestations et à la vague de départs vers l’Ouest. Le premier geste concret du parti en faveur du changement.

Egon Krenz, dauphin d’Honecker, accède au pouvoir et hérite d’un État au bord de la désintégration. Il promet de l’action, des réformes qui commencent à être demandées même au sein du SED et des Blockparteien.

Appel à tous Cyberpresse: 9.11.1989

Si vous lisez ceci dans La Presse prochainement, je serai démasqué….

Le jeudi 9 novembre 1989, j’étais à la maternelle de l’École Saint-Joseph à Saguenay. Non, je n’étais pas le professeur mais bien un des élèves. À 5 ans, déjà très curieux de nature, je ne me doutais pas de ce que j’allais apprendre dans les heures et les jours qui allaient suivre allait alors encore faire partie de mon quotidien 20 ans plus tard.

Lorsque j’ai pris connaissance de cette nouvelle, je n’ai pas pu m’arrêter de poser des questions. Comment ça, un Mur dans une ville? La réponse, me disaient mes parents désemparés, se trouvait dans des livres. Et c’est alors que j’ai commencé à chercher. Bien entendu, je comprenais très peu alors il m’a fallu quelques années avant que je puisse réellement savoir comment tout cela avait été possible mais j’y suis arrivé.

Dès les premiers instants, j’ai été séduit par cette ville où le 20ième siècle a été façonné. J’ai lu des centaines de pages, vu des heures de films, de documentaires… J’ai même appris l’allemand, que j’ai pratiquement maitrisé en l’espace de 18 mois, par amour pour ma ville.

J’ai dû patienter 17 ans avant d’y mettre les pieds pour la première fois. Après m’avoir fait frissonner devant ma télé, voilà qu’elle m’émouvait jusqu’aux larmes tandis que je découvrais, pour de vrai cette fois, le Kurfürstendamm, Unter den Linden, Alexanderplatz, mais aussi Spandau, Köpenick, Hohenschönhausen. J’avais atteint mon septième ciel, plus rien au monde ne pouvait me rendre plus heureux que cet été 2006.

Armé de toute cette passion et de cet impressionnant bagage de connaissances, je ne pouvais faire mieux que devenir guide touristique. Dommage que mon grand rêve de devenir allemand ce soit heurté aux tracasseries administratives, mais à mon âge il est encore trop tôt pour abandonner mon projet d’y vivre toute ma vie.

Vingt ans plus tard, le lundi 9 novembre 2009, je serai à la maison. J’assisterai en personne aux cérémonies devant la Porte de Brandebourg, exactement au même moment où Günther Schabowski annonçait aux Allemands de l’Est qu’après 28 ans, la porte de la cage était ouverte. Il n’y a aucun autre endroit au monde où je voudrais passer cette anniversaire historique. Et pour rien au monde je n’aurais manqué ce rendez-vous.

Comme le disait John F. Kennedy le 22 juin 1963, “(…) I take pride in the words… Ich bin ein Berliner”.

16.10.1989: Demos im Fernsehen

À 17:00 en ce lundi, ils sont 120000 à protester à Leipzig. La foule grandit, la police n’arrête personne. Mais, surtout, ce qui rend cette date historique, c’est qu’à 19:30, la télévision est-allemande diffuse des images de la marche.

Cette mince ouverture vers la liberté de la presse n’est pas à prendre à la légère, quand on sait que le journal télévisé est la voix du Politbüro. C’est signe que les choses commencent à bouger…

Déjà la veille, des journaux du SED ont dû démentir les rumeurs selon laquelle les garde-frontières sont en train d’installer des barrières à la frontière tchécoslovaque.

Parallèlement, les vacances d’automne causent une augmentation des départs, légaux ou non, vers la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Les structures d’accueil de la Croix Rouge sont de plus en plus chargées, on se rapproche des niveaux atteints dans les années 1950.

9.10.1989: Das Wunder von Leipzig

Lundi 9 octobre 1989. Après un mois de manifestations, la foule grandit à Leipzig. Malgré le blackout médiatique, de plus en plus de gens finissent même par se déplacer d’autres villes pour marcher pacifiquement contre le régime. L’intimidation, le blocage du centre-ville par les forces de l’ordre ne réussit pas à restreindre la foule.

Or, des rumeurs folles parcourent la ville (rumeurs qui s’avéreront être vraies): on dit que la police tirera des vraies balles, que les hôpitaux ont reçu du sang et des sacs mortuaires. Et les ordres viennent de haut: d’Erich Honecker en personne. Prenant leurs précautions, certains écrivent leurs testaments avant de partir de chez eux.

Même si la marche n’est prévue qu’à 17:00, on se rassemble près de la Nikolaikirche dès 14:00. Partout, des agents de la Stasi en civil patrouillent le secteur en croyant se faire discrets.

Chandelles à la main, certains prient. D’autres tiennent des pancartes aux slogans évocateurs tels “Freiheit”, “Stasi Raus”, “Reisefreiheit”, scandant également le désormais célèbre “Wir sind das Volk”. Regardant la manifestation sur des caméras de surveillance de la Stasi, les dirigeants du régime sont estomaqués de voir ces dizaines de milliers de personnes se tenant par la main sans aucune violence. À la dernière minute, Egon Krenz annule l’ordre de tirer. Le massacre est évité de justesse, la foule s’approchant dangereusement de l’endroit où la Stasi avait installé des mitrailleuses. La police a certes brassé beaucoup de gens, notamment avec des canons à eau mais ce n’est rien à côté de ce que Berlin-Est avait préparé.

70000 personnes ont défié l’État est-allemand ce soir là, la plus grosse manifestation de l’histoire de la RDA. 70000 personnes qui ont eu le courage de se tenir debout, qui ont risqué leur vie. Et 70000 personnes qui rentreront chez elles, car à partir de cette date plus aucune arrestation ne surviendra.

Deux étudiants de Berlin-Est réussiront à semer la Stasi en passant sur les toits de Prenzlauer Berg afin d’aller filmer la manifestation. Le tournage sera plusieurs fois interrompu par la police qui leur court après. La cassette sera remise à un diplomate américain et les images feront le tour du monde.

Das Volk hat gesiegelt. Le peuple avait gagné. Et le régime savait que ses jours étaient comptés.

***

Aujourd’hui, Leipzig s’est souvenue. 100000 personnes sont descendues dans les rues en mémoire de leur exploit d’il y a 20 ans.

Plaque commémorative sur la Nikolaikirchplatz:
1

MDR
ARTE

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