Un nationaliste québécois à Reykjavik

Une nuit la semaine dernière, ma télé était ouverte sur RDI vers 1:30 quand des images de Reykjavik ont attiré mon attention. J’ai reculé le reportage, Bertrand Hall parlait du purisme linguistique islandais. Tout comme mon ami qui était branché sur la même chaîne en me parlant sur msn, je n’ai compris « l’agenda » derrière le reportage. Le fait que l’islandais demeure une langue pure, c’est à dire où les mots étrangers sont proscrits, ne signifie en rien que ses locuteurs se cloîtrent dans elle comme nos bons nationalistes le voudraient.

Au moment même où j’allais m’asseoir pour vous en parler, voici que Radio-Canada.ca ressuscite le topo sur sa console audio-vidéo et donne un titre très pernicieux au reportage

Parlé par 300000 personnes, l’islandais est confiné à l’ile qui l’a vu naître. C’est ainsi que je refuse la logique binaire radio-canadienne, où parler anglais se fait nécessairement au détriment d’une langue « faible » comme l’islandais. Ce n’est pas parce que l’islandais a rejeté « podcast » pour « hlaðvarp » que l’enseignement des langues étrangères à l’école donne lieu à des débats schizophréniques sur l’identité comme au Québec.

En fait, plus j’y pense, plus je me rends compte que le reportage est d’abord passé chez le censeur nationaliste québécois. On a parlé de comment l’islandais se protège de l’anglais mais, pas un mot sur la présence de l’anglais (ou autres) en Islande.

Si on commence par le début, disons que l’islandais n’a pas commencé à être « menacé » par l’anglais à l’arrivée des Britanniques en 1940. Bien avant, la couronne danoise regardait de haut cette langue de paysans et il a fallu attendre 1874 pour qu’une reconnaissance légale lui soit attribuée. Et suffit de visiter les musées islandais pour vous que le Danemark n’était pas très aimé.

Contrairement aux Américains, aux Français, aux Allemands, aux Italiens, les Islandais parcourent le monde en sachant que personne ne connaîtra un traître mot de leur langue. Inversement, si l’on appréciera tous vos efforts, on n’est bien conscient que les chances sont à peu près nulles qu’un visiteur débarque en ayant suivi 20 heures d’ateliers de conversation pendant l’hiver précédant son voyage! Imaginez donc les yeux des gens quand je leur disais que ça fait 12 ans que je m’y mets à temps perdu!!!

À l’école primaire/secondaire, les Islandais étudient encore le danois. Ce qui leur donne, aux yeux de la SSJB, deux langues impériales à apprendre pour être diplômés!

La scène musicale islandaise est très vivante et la musique en islandais ne souffre pas du même « quétainisme » que celle du Québec, peut-être parce qu’elle évolue sans la Grande Muraille de l’ADISQ. La radio publique s’engage à diffuser 40% de musique islandaise, peu importe la langue de la chanson, c’est tout.

À la télévision, même publique, les émissions en islandais sont minoritaires et réalisées avec très peu de moyens. Qu’à cela ne tienne, elles connaissent du succès et certains concepts ont même été considérés aux USA (je parle de la trilogie Naeturvaktin, tellement drôle!). Cependant, on imagine très mal nos artistes accepter que TVA reprenne ABC/CBS/NBC avec des sous-titres français du matin jusqu’au soir.

Même chose au cinéma, où il ne sort qu’un ou deux films islandais par an. Tout le reste est sous-titré, alors imaginez les heures de travail que l’UDA ne pourrait facturer si tel était le cas chez nous!

Les Québécois étant intraitables sur l’affichage, il n’y a pas beaucoup de matière à scandale sur ce sujet en Islande. Essentiellement, on ne voit que de l’islandais dans les rues sauf lorsqu’on vise une clientèle touristique…et même ces pancartes sont en islandais aussi.

Par contre, les choses changent une fois qu’on est entré dans le magasin. Tout ce qui ne vient pas d’Islande n’a pas d’emballage ou d’instruction en islandais. Dire que le simple nom « Second Cup » a suffit à raviver le terrorisme ici, je n’ai qu’à fermer les yeux pour imaginer le Mouvement Montréal Français se priver de manger parce que les sacs de frites congelées ne sont pas en français.

Tant qu’à être à l’université, Bertrand Hall aurait pu aller voir ces cours où l’on enseigne avec des manuels non traduits en raison de la faiblesse du nombre d’étudiants. Ou les cours en anglais, l’Université d’Islande ne voulant pas être perdante dans le marché des échanges!

Toutes ces situations sont acceptées par les Islandais parce qu’ils sont très conscients de leur petit nombre. Comme on dit, « pick your own fights ». Mais comme ça ne rentrait pas dans le moule nationaliste radio-canadien, on a choisi de faire passer les Islandais pour une bande de puristes qui tiennent à parler comme en l’an mille et qui vivent dans un vase clos.

Quelques images que Bertrand Hall ne vous a pas montré:
On Laugarvegur
Mexican whale???
Shampooing canadien
Subway
Au secours, mes yeux québécois saignent :P
À venir
Recyclage bilingue
Compris?
Ash
Quelqu'un mesure les lettres? :P
Love that word
Le français, jamais bien écrit!
Ouuuuiii :D

Mais Louise Beaudoin peut venir…

Louise Beaudoin peut venir

6 Responses to “Un nationaliste québécois à Reykjavik”


  1. 1 Matt mardi, 15 juin 2010 à 11:40

    Cela vaudrait bien une plainte à l’équipe des nouvelles de Radio-Canada, en leur transmettant un copie de ce super article.

    Comme toi, j’en ai assez du filtre médiatique nationalisto-étatique, surtout ce «réinterpréteur de réalités ethnocentriste» qu’est Radio-Canada.

    Dire qu’avant d’aller vivre en France, j’avais l’impression que les Français étaient tous fondamentalement des socialistes (J’avais un accro de Radio-Canada et de RDI).

    Dire qu’avant d’aller en Catalogne et de rencontrer ma copine, j’avais l’impression que les Catalans avaient eux aussi ce côté repliés sur eux-mêmes, isolationnistes et détestant sa minorité de langue castillane en Catalogne et la langue espagnole castillane.

  2. 3 derteilzeitberliner mardi, 15 juin 2010 à 17:14

    Voilà, je vais l’affiner et ça partira direct dans les courriels de Julie Miville-Dechêne.

    Ceci dit, même les médias français font passer la France comme étant le pays de 65 millions de socialistes🙂

  3. 4 Mathieu V jeudi, 17 juin 2010 à 23:17

    @Matt:

    Autant dire qu’il ne faut aucunement écouter la SRC ou la CBC ou lire La Presse ou le Devoir pour avoir une image réelle de nos voisins du sud.

  4. 5 lislandais lundi, 21 juin 2010 à 3:50

    Point de vue intéressant. Les photos présentées démontrent effectivement que les islandais ont su s’adapter aux nécessités commerciales imposées par le tourisme, qu’ils ont compris que la taille de leur nation était un handicap pour émerger au plan mondial; mais cette lucidité n’exclue pas un attachement concomitant à la langue de Laxness. L’Islande ne compte pas le plus grand nombre d’éditeurs, d’écrivains et de lecteurs par habitant au monde pour rien.

  5. 6 derteilzeitberliner lundi, 21 juin 2010 à 21:48

    Voilà. Maintenant, j’attends la même chose des francophones québécois.


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