La fraude de la « vraie vie »

Au retour du travail en fin de soirée hier, j’ai passé quelques heures avec un de mes amis qui habite à Québec et qui était « descendu » en fin de semaine. Ordinairement peu politisé, j’ai été très surpris de l’entendre me parler de son admiration et de sa satisfaction à l’égard des idées du RLQ.

Au fil de la conversation, j’ai fini par faire un lien avec la série d’articles parus dans le tabloïd berlinois BZ au sujet de la vie quotidienne des prestataires de Hartz IV à Berlin. Dans la partie où le BZ publiait les lettres reçues suite à ses textes, le sujet qui revenait le plus souvent: un travailleur à temps plein a souvent à peine plus, même parfois moins, qu’un prestataire d’aide sociale, une fois que « tout est payé ».

Plus j’avance dans la vie, plus je considère que nous basons nos budgets personnels sur une fausse prémisse: on « vit » avec ce qui reste après avoir payé logement, voiture, nourriture, Hydro, Bell, Vidéotron, carte de crédit, etc… Ainsi, la liberté, la richesse seraient d’avoir des milliers de dollars à la banque et les utiliser pour se payer des choses inutiles.

Je ne me sens pas tout à fait confortable avec un système de santé à 100% privé par exemple, par contre j’ai de la difficulté à entendre des gens qui trouvent inacceptable l’idée de s’endetter pour se faire soigner alors qu’ils n’hésiteront pas une seconde à « financer » des voyages ou des télé plasma.

Mon père, qui a gagné la « Loto Alcan » en 1974, vous dira combien il est bien payé, combien c’est dommage que des salaires comme le sien on en trouve plus bla bla bla bla… Mais commencez à parler argent avec lui et il vous dira qu’il est « pauvre » parce qu’il doit tout payer!

Nous avons même eu une conversation épique dans laquelle il me disait que j’étais beaucoup plus riche de rester chez mes parents avec 10000$ par an que vivre seul en travaillant pour un salaire « entry-level » d’environ 30000$ par an. En somme, pour mon père, il n’y a aucun avantage monétaire à vivre sa propre vie!

Chez mes amis européens l’hiver, on se gèle le cul. Non non non, faut surtout pas monter le chauffage à 20 degrés, c’est trop cher. C’est beaucoup plus important avoir une montre à mille dollars, partir trois fois par an en vacances ou s’acheter un iPad la journée qu’il sort!

La propagande de la défunte RDA était d’ailleurs très forte là-dessus. Pour un communiste, la liberté c’est vivre une vie sans avoir à se soucier d’assurer son existence. Qu’importe s’il faut attendre 10 ans pour un appartement, le loyer est ridiculement bas. On mange ce qu’on trouve au magasin, mais c’est pas grave: c’est presque gratuit!

Évidemment que la chose n’est pas aussi poussée au Québec ou dans n’importe pays occidental aujourd’hui, mais il s’agit d’une énorme erreur en ce sens qu’elle nuit fortement à l’émancipation, à la responsabilisation et à la liberté des citoyens.

3 Responses to “La fraude de la « vraie vie »”


  1. 1 matvail2002 lundi, 1 novembre 2010 à 21:42

    Honnêtement, dans un monde libre, tu es libre d’acheter des biens ou pas. Je n’ai pas de iPad et cela ne m’empêche pas la nuit de dormir. Et encore, je collectionne les livres et j’essaye autant que possible d’acheter usagé puis ça davantage pour mon côté de vouloir chercher le meilleur rapport qualité/prix pour tout.

    Sauf que dans les sociétés comme l’ex-RDA, on oublie souvent de dire que l’aspect matériel existait (même les voyages payés pour certains), sauf comme tu mentionnes, l’état se donnait une bonne consistance en mettant les gens sur le zona en subventionnant tout malgré que cela créait des pénuries. On peut y voir un parallèle avec les proles dans 1984.

    Franchement, la simplicité volontaire sous des bases d’idéaux, c’est beau sur papier, mais dans la réalité, les gens ne travaillent pas pour rien. Mais après tout, c’est ton choix de vivre avec une quelconque servitude dans un monde libre.

  2. 2 derteilzeitberliner lundi, 1 novembre 2010 à 22:57

    Même pas besoin d’aller aussi loin dans l’interprétation.🙂

  3. 3 Jeff B. lundi, 1 novembre 2010 à 23:01

    C’est un constat assez juste je crois. Pour grand nombre de personnes, la liberté et la richesse se mesure par la quantité de luxe atteignable. Rapidement, ces gens en viennent à intégrer plusieurs produits de luxe dans leur référence de base, ce qui ne fait qu’augmenter leur insatifaction face au manque de luxe. La télé câblée en HD sur un écran 52po, trop souvent on oublie que c’est un luxe, pas un besoin de base !

    Je crois que trop de gens consomme pour le simple fait de consommer, que ca ne répond pas à un besoin. Un peu comme si le fait de consommer du luxe était la seule manière acceptable d’afficher son statut économique et que plus on en consommait, sans égard à sa nature, plus la satisfaction d’un besoin social était comblée. Bien sûr, il y aussi tous ces cas qui ont simplement évacuée la dimension temporelle de la décision de consommation et qui ne voit que le présent, ce qui n’est pas un problème non-négligeable.


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