Alcan: Faire aux autres ce que l’on ne veut pas qu’ils nous fassent?

L’affaire Potash Corp a ravivé de vieilles blessures chez nos apôtres de ce cancer qu’est le nationalisme économique. Ainsi, TVA donnait la parole à des intervenants qui disaient que le Québec n’aurait jamais du laisser partir Alcan dans les mains de Rio Tinto.

Qu’importe si Steinberg a jadis fait faillite parce que l’on s’obstinait à ne pas vendre à l’Ontarien Loblaws (qui, rappelons le, a fini par acheter "notre" Provigo dans la controverse). Qu’importe si la Caisse de Dépot a payé trop cher ses parts dans TVA et Vidéotron pour l’enlever à Ted Rogers, Bernard Landry préfèrait que les Québécois se fasse avoir sur leurs factures de câble plutôt que d’avoir un "Canal 10" avec un propriétaire de Toronto.

Les barrages n’ont pas bougé, les alumineries sont encore là, aucun employé n’a perdu son poste mis à part des "gens de bureau" à Montréal qui se sont surement recasés forts de cette référence sérieuse, ce n’est pas grave. Avec un siège social désormais à Londres, disent nos nationaleux de salon, la région n’est plus protégée. Ce n’est plus certain que cela reste une zone d’activité prioritaire, nous sommes devenus "une place comme une autre". Comme si Alcan était ici pour nos beaux yeux.

C’est d’autant plus ironique d’entendre cela que, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’ultra-régionaliste en chef Marc-Urbain Proulx met Montréal (où était le siège social d’Alcan) dans le panier de ceux qui volent la richesse de la région.

Rio Tinto Alcan annonçait des investissements dans la région dernièrement. Cette année, 7 ans après La Baie, Abitibi-Bowater fermait son usine de Dolbeau. ABI est pourtant une entreprise canadienne, basée à Montréal, même pas Toronto. Et vous savez ce qu’on dit d’ABI dans la région? Que ce sont des étrangers qui possèdent nos forêts et qui n’ont pas de coeur en mettant leurs employés à la porte.

Nos régionaleux-protectionnistes se sont réjoui de la promotion de Jacynthe Côté, une "fille de chez nous", à la haute direction de l’entreprise car la région aura ses entrées au CA. Ils s’en sacrent que Jacynthe Côté, chez Rio Tinto Alcan, est dans une position plus importante que chez Alcan "toute seule" car elle pourrait amener d’autres divisions du géant minier ici, mais non, l’objectif est toujours de garder nos acquis, jamais avancer. Et puis nos députés et maires, toujours contents de voyager sur le bras, ont désormais la chance de traverser l’Atlantique pour se rendre aux assemblées d’actionnaires, c’est plus cool se rendre à Londres que se contenter du Reine Élisabeth!

N’oublions pas également que, étant donné l’apport négligeable des Canadiens-français à notre industrialisation, nous n’aurions pas eu grand chose comme source de prospérité si ce n’avait pas été de ces entrepreneurs venus de partout en Amérique.

C’est aussi de la folie pure de penser que, lors qu’elle prenait de l’expansion à l’étranger, Alcan la canadienne n’était pas perçue avec la même étiquette impérialiste que l’on appose à Rio Tinto ou un autre. Pour prendre un exemple connu, que ce soit Alcan ou Alcoa, la construction d’alumineries et des barrages hydroélectriques nécessaires a été immensément controversée en Islande. Sur le bord du Lac Saint-Jean, par contre, on ne comprenait pas que les Islandais refusent de sacrifier leur nature pour la production d’aluminium. Pourtant, ça devrait nous dire quelque chose, dire non à ce qu’une entreprise étrangère s’approprie nos ressources pour s’enrichir.

Quelle belle bande d’hypocrites sommes nous! On ne fait pas aux autres ce qu’on ne veut pas se faire faire. Si on veut que nos Alcan et nos Bombardier deviennent plus que des PME de villages, il faut savoir accepter qu’elles peuvent grandir au point d’être convoitées par d’autres. Ou l’inverse: Bernard Landry et Marc-Urbain Proulx n’ont pas versé beaucoup de larmes quand Alcan a acheté Pechiney et Alusuisse.

À la limite, si des gens sont à plaindre du passage du bleu (Alcan) au rouge (Rio Tinto Alcan), ce sont ces employés qui trouvent le nouveau propriétaire obsédé par la sécurité et qui a mis fin à la politique des yeux fermés, pour acheter la paix syndicale, du précédent. Mais je ne pleurai surement pas pour ces pauvres petits employés qui ne peuvent plus sortir 5 paires de bottes du store, ni amener leur femme manger chez St-Hubert avec le pickup de la compagnie.

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