Archive pour 21 novembre 2010

Maclean’s: les ravages de l’aveuglement nationaliste

Mieux vaut tard que jamais, le milieu journalistique et l’opinion publique commencent à se réveiller et à se rallier aux thèses de Maclean’s.

Encore vendredi, j’ai eu un bref twit-fight à ce sujet. On m’a servi les mêmes conneries qu’on entend des détracteurs depuis le début de cette saga: « C’est xénophobe/démago/vendre de la copie/ils ont pas de preuve qu’on est les pires… »

Ces gens là ne comprenant manifestement pas le français, je vais leur dire dans une langage qu’ils connaissent: Je m’en contre-câlisse si on est vraiment les pires, si c’est la faute du séparatisme ou s’ils ont utilisé un slogan démago sur page couverture

L’important, c’est que l’on révèle que le Québec a un problème important de corruption et qu’il faut s’y attarder au plus criss!

La corruption en République Centrafricaine ou en Colombie-Britannique ne me coûte rien. Alors que comme les Québécois paient pour celle d’ici, nous avons effectivement le droit de dire que nous sommes les pires.

Est-ce que Toronto a le droit de le dire? Why not? On fait un grand cas du dossier parce qu’il a été publié à Toronto, cette ville où les gens rêvent supposément de nous exterminer comme de vulgaires coquerelles, mais on n’en serait pas là si nos journalistes pensaient d’avantage à leur indépendance qu’à leurs conventions collectives, s’ils préféraient courir après les mafieux plutôt que le buffet des conférences de presse du gouvernement.

Le Journal de Montréal aurait sorti l’histoire, qu’est-ce ça aurait changé? On leur aurait lancé des tomates de toute façon, parce que c’est Québécor, parce que si, parce que ça.

Aurait-il fallu que ce soit La Presse? Le Devoir? Le New Zealand Herald?

Cette question joue avec une belle émotion qui est centrale dans les cerveaux québécois: le nationalisme. Les têtes qui osent critiquer l’Évangile nationaliste québécois sont automatiquement taxées de trahison, le fameux « Québec-bashing ».

Je vous ferai d’abord remarquer qu’accuser une personne de racisme a le même effet que le traiter de nazi: lui faire fermer la gueule. Au Québec, crier au Québec-bashing n’est rien de moins qu’un Point Godwin. Une façon efficace de tuer la discussion « dret là ».

Peut-être avez-vous regardé, dernièrement sur ARTV, la mini-série allemande « La femme de Checkpoint Charlie » sur l’histoire vraie de Jutta Gallus. Arrêtée pour avoir voulu fuir la RDA, Jutta Gallus se voit privée de la garde de ses deux filles après son expulsion vers l’Allemagne de l’Ouest.

Tout au long de sa croisade pour récupérer ses enfants, Jutta Gallus confronte le régime est-allemand sur toutes les tribunes et on ne lui offre qu’une seule et unique ligne en guise de réponse: Vous diffamez la RDA, et nous, on ne parle pas à ceux qui nous dénigrent.

Berlin-Est envoyait le même message aux dissidents qui communiquaient avec l’étranger, aux médias ouest-allemands qui publiaient des reportages critiques du régime… « Critiquer le communisme, c’est faire du DDR-bashing ».

La Corée du Nord fait pareil. Partout dans le monde communiste, c’était la même chose. Celui qui critiquait le régime était un traitre, le dissident ne peut être qu’un agent de l’étranger, une personne manipulée par la propagande extérieure.

Ce faisant, le régime peut convaincre sa population que ceux qui s’opposent à lui sont en fait des forces qui en veulent au pays, à la nation, par ricochet à Joe Blow dans son salon. Il cherche à rallier ses citoyens derrière lui. Même Saddam Hussein et Slobodan Milosevic ont essayé ça contre l’occident.

C’est exactement le même phénomène qui se produit au Québec. À ceux qui critiquent le Modèle, on réplique en parlant des « consensus québécois », des « valeurs québécoise ». Comme s’il n’y avait aucune alternative pour le Québec que les choix découlant des orientations prises dans les années 1960. Comme si les seuls « vrais Québécois » étaient les gens qui pensent comme ces élites auto-proclamées, façon facile de tuer la réflexion et le débat dans cette société tournée de façon exagérée vers le conformisme.

Une méthode qui s’applique non seulement aux finances publiques, mais aussi à la culture (« T’es contre les quotas de musique franco à la radio? tu veux qu’elle disparaisse! »), et à la politique linguistique (« Tu veux éduquer ton enfant dans les deux langues? Esti de colonisé! »), etc.

On pourrait même parler de l’omniprésence de l’unanimité à l’Assemblée nationale, comme si nos députés se pensaient au Soviet Suprême quand ils siègent.

Martin Patriquin n’a donc pas uniquement exposé comme le Québec est corrompu, il a aussi exposé les ravages de l’aveuglement nationaliste.


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