Archive pour 6 décembre 2010

Wikileaks, Spin et Attention-Whorisme SagLac

Je me doutais bien qu’aussitôt que le Québec sortirait des antres de Wikileaks, le Vrai Réseau Provincial allait enfin en parler plus en profondeur.

Encore mieux pour exprimer le spin de nos bien aimés journalistes québécois, la mention de la Mine Niobec à Saint-Honoré au Saguenay.

Dans son reportage, Louis Martineau se fait presque owned en apprenant qu’il est exagéré de croire que le site est menacé par Al-Qaeda.

Quel mélange d’exceptionnalisme (« Wow, ça peut nous arriver aussi??? ») et d’attention-whorisme (« OMG ils parlent de nous »).

J’attends l’étude de la Ville de Saguenay sur les retombées économiques d’avoir la région connue du Département d’État 😀

Ce que dit Wikileaks sur l’Islande

Le Fréttabladid a obtenu les messages concernant l’ambassade américaine à Reykjavik. Comme partout ailleurs, on n’apprend rien de très significatif mais il y a néanmoins quelque chose d’intéressant: jusqu’à maintenant, ce sont les seuls messages qui parlent réellement de la présidence de Bush plutôt que de l’administration Obama.

Les messages, publiés sur Visir.is et dans le journal, ont deux thèmes principaux: la fermeture de la base militaire de Keflavik en 2006 et la crise financière à l’automne 2008.

Explorons.

Ragna était une haut-fonctionnaire sérieuse dans les négociations avec les USA sur la défense de l’Islande.
Des militants du Parti de l’Indépendance ont indiqué aux diplomates américains que le cancer de Geir H. Haarde pouvait expliquer son comportement étrange.
Les USA se sont inquiétés de l’intérêt de la Russie à aider financièrement l’Islande en octobre 2008, qui aurait pu avoir des conséquences sur l’OTAN. À l’époque, Washington a cherché d’autres moyens après le refus de la Réserve Fédérale de backer la couronne islandaise.
Une aile du Parti de l’Indépendance ont affirmé que l’anti-américanisme de Geir H. Haarde a causé la fermeture de la base de Keflavik. Si David Oddsson avait encore été PM, la base n’aurait pas fermé.
L’an dernier, Johanna Sigurdardottir a menacé de démissionner si VG ne l’appuyait pas dans l’accord Icesave. Fait à noter, l’info a été confiée à l’ambassadeur britannique par Össur Skarphredisson, qui l’a ensuite passé à Washington.
Constatant l’apathie du gouvernement devant la crise de 2008, les États-Unis ont spéculé que le cancer d’Ingibjörg Solrun Gisladottir était plus grave qu’admis en public. Ils sont aussi demandé comment le pays pourrait traverser une crise si grave avec deux politiciens malades. L’ambassadrice soupçonnait aussi que le gouvernement ne voulait pas entrer en conflit ouvert avec la banque centrale d’Islande.
Carol Van Voorn était certaine que David Oddsson n’avait aucune idée dans quoi il s’était embarqué et l’étendue des problèmes qu’il avait causé au système financier islandais.
Bjarni Benediktsson a demandé une rencontre à la Maison Blanche et souhaitait que les Américains paient.
En 2005, celui qui est aujourd’hui chef de police à Reykjavik, a confié à l’ambassade que le ministre de la justice était incapable de sentir le directeur de la garde-côtière, même s’il l’avait personnellement nommé!
On voulait envoyer envoyer des prisonniers de Guantanamo en Islande en 2007. Chose que la loi islandaise ne permettait pas.
Dans une conversation avec l’ambassade américaine, Bjarni Benediktsson préférait une solution judiciaire à l’impasse avec Londres et La Haye concernant Icesave.
Les États-Unis ont forcé l’Islande à reconnaitre l’indépendance du Kosovo en échange du support pour sa candidature au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Dans un briefing avant une rencontre avec Condie, Ingibjörg Solrun Gisladottir est décrite comme ayant des opinions tranchées, facile à faire des compromis et…souvent les mains croisées au début d’une réunion!
Un message de 2008 parle de la montée de la xénophobie en Islande.
En 2006, le gouvernement islandais a proposé une privatisation partielle de la Garde Côtière.
Le départ d’Halldor Asgrimsson améliorerait les relations avec Washington.
Le gouvernement islandais était furieux de la fermeture de la base américaine parce que ça signifiait payer pour leur sécurité.
Selon les USA, l’Union Européenne fait exprès de donner jusqu’au 16 novembre 2009 à l’Islande pour remplir la demande d’adhésion afin de ne pas l’étudier à son sommet de décembre.
L’ambassadrice américaine trouvait l’Islande « gratte-cenne » dans la reconstruction de l’Iraq après le départ de l’armée de Keflavik. En échange d’argent de l’Islande, elle suggère que les USA l’aident à accéder au Conseil de Sécurité de l’ONU.
L’arrivée de Steimgrimur J. Sigfusson au gouvernement a surpris les diplomates américains. Ceux-ci l’ont qualifié de sérieux et responsable, même s’il a blâmé la crise sur les excès du capitalisme. Dans ce même message, on rappelle que le gouvernement britannique décrivait les négociations sur Icesave en termes beaucoup moins optimistes que Reykjavik.
Sans trop de surprise, on apprend que la Chine et la Russie font de l’espionnage industriel en Islande.
David Oddsson aurait nui à l’avenir politique de Bjarni Benediktsson. Ce message nous apprend également que le gouvernement américain voyait David Oddsson comme un homme voulait sauver sa réputation et non son pays de la crise, et estimait que le copinage entre Oddsson et Geir H. Haarde empêchait des actions de sauvetage plus rapides.
Devant l’imminence de son effondrement, Landsbankinn a demandé une aide financière au gouvernement américain. 31% des dettes de la banque étaient auprès de créanciers américains et canadiens. Je ne serais donc pas surpris qu’Ottawa ait reçu la même demande. Aucune mention dans le message, mais on peut fortement présumer que les contribuables canadiens ont failli aider Landsbankinn – j’imagine tellement le Bloc Québécois déchirer sa chemise là-dessus! LOL

Voilà. Je savais que ça valait la peine de faire l’exercice de traduire les messages traduits dans le journal: je viens de vous apprendre qu’on a probablement sauvé des millions 🙂

La vérité sort de la bouche des enfants

N’en déplaise à Marie-Claude Lortie et aux autres aveuglés du modèle scandinave, la pauvreté existe bel et bien au Danemark. On estime que 24000 enfants danois vivent dans la pauvreté, un nombre élevé malgré le taux officiel de 4%.

Politiken s’est rendu dans une école primaire du nord-ouest de Copenhague, Rødkilde Skole à Vanløse, un quartier de classe moyenne où vivent des gens d’origines diverses.

On a demandé à quatre élèves de 4ième année s’il y avait des enfants pauvres au Danemark.

La réponse la plus surprenante est venue de Sulin, une petite fille d’origine turque de 10 ans. Pour elle, une personne pauvre est quelqu’un qui n’a pas de maison. Ok. Mais l’entendre dire « Si quelqu’un est pauvre, il peut aller à la ville [au DK, la municipalité paie l’aide sociale] pour avoir de l’argent » et qu’il n’y a pas de pauvres au Danmark parce que l’on « peut tous avoir de l’argent de la municipalité »… OUCH! (ici

Les nationaux-socialistes du Dansk Folkeparti s’empresseront de la dénoncer comme une méchante immigrante qui vit au Danemark pour voler les caisses de l’État!

Comme si ce n’était pas assez, Morad, d’origine marocaine, fait la même observation. Il n’y a pas de pauvres au Danemark à cause que man kan få penge af kommunen.

Les autres ont aussi des réponses intéressantes, parfois elles font sourire.

Pelle semble décrire les enfants tsiganes vu à Paris pour définir la pauvreté. Il croit qu’il y en a un peu au Danemark. Mais pour lui, s’il y a des enfants pauvres, c’est que leurs parents ont perdu tout leur argent dans un scam.

Johanne est presque en train de nous dire que c’est de la charité que d’avoir une consignée élevée sur les contenants en Europe. Quand on est pauvre, on ramasse des bouteilles.

On dit ici que, bien que le Danemark n’ait pas de seuil de pauvreté officiel, l’utilisation de la définition de l’OCDE (moins 50% du salaire moyen) donnerait au Danemark un revenu de 122000 kr par an pour une personne seule élevant un enfant (16000$). 122000 couronnes qui achètent moins de choses qu’au Québec!

Les Norvégiens chauffent, l’État empoche

Le temps froid des derniers jours a ramené un vieux débat dans la sphère publique norvégienne: les tarifs d’électricité. Car, comme au Québec, les Norvégiens ont depuis longtemps abandonné l’huile et se chauffent à électricité.

L’électricité norvégienne est produite avec de l’eau, comme ici. Les réservoirs étant très bas, les prix ont augmenté dans la majorité des régions du pays au cours de la semaine, alors que justement la demande était très forte.

Les médias ont rapidement rappelé comment les compagnies d’électricité de Norvège engendrent des milliards en profit, alors que l’ancien ministre de l’industrie Finn Leid faisait une sortie pour dénoncer la politique « anti-sociale » de l’énergie pratiquée en Norvège: des prix élevés empêchent le gaspillage. Pour lui, l’hiver, le chauffage n’est pas un luxe et il n’est pas normal que des gens gèlent chez eux à 14 ou 16 degrés. Comment peuvent-ils nous vendre quelque chose 100 fois plus cher que ça coûte à produire? demande-t-il ici

Dans certaines régions de Norvège, les factures d’électricité en hiver peuvent avoisiner les 2000 dollars par mois. Ceci malgré que les gens économisent tout ce qu’ils peuvent, et que les tarifs modulés permettent de faire plus attention.

La Norvège a ouvert et dérèglementé son marché de l’énergie en 1990. Ce qui ne veut pas dire que l’État s’est retiré: les communautés locales demeurent encore des acteurs dominants dans le marché. Comme en Suède, il n’y a pas eu de privatisation des entreprises existantes. Et même auprès des sociétés privées, l’État empoche des taxes sur l’énergie vendue. Il fait sans doute trop d’argent pour être un acteur « de bien commun » dans ce débat, comme le voudrait sans doute la gauche.

L’intégration des réseaux des deux pays a aussi des conséquences, positives et négatives, des deux côtés. L’hiver dernier par exemple, la Norvège a été blâmée pour les prix trop élevés en Suède: le kwH se vendait 9 fois plus cher en Suède (environ 1.50) qu’en Norvège (autour de 16 cents), la Norvège ayant restreint ses exportations texte.

Il semblerait que les Norvégiens paient aussi le prix de l’insistance de leur gouvernement à voir 100% de l’électricité produite de sources renouvelables. Des centrales nucléaires ou au gaz, par exemple, pourraient prêter main forte quand les réservoirs hydrauliques sont bas. À la place, on importe de l’électricité suédoise ou danoise produite au nucléaire et au charbon, ce qui est non seulement hypocrite mais souvent plus cher pour les consommateurs.

NRK, Morgenbladet

Claus-Christian Malzahn: Julian Assange est Che Guevara (WTF?)

Claus-Christian Malzahn n’est pas exactement Richard Hétu. Dans ses textes, il s’en est déjà pris à l’anti-américanisme des Allemands et s’est réjoui plus d’une fois du rapprochement entre Angela Merkel et George Bush.

C’est donc très étrange de l’entendre comparer Julian Assange à Che Guevara ici.

Avec son opposition à l’autorité et considérant l’État comme une conspiration contre le peuple, Julian Assange a beaucoup plus en commun avec le libertarianisme que ne pouvait l’avoir Che Guevara, un révolutionnaire qui tuait ceux qui ne pensaient pas comme lui et qui a participé à la création de cet oasis de liberté qu’est le régime de Castro.

Donc ne me faites pas croire qu’il puisse y avoir une quelconque affinité philosophique entre les deux.

Ceci dit, puisque Malzahn considère que Assange ne serait pas aussi célèbre s’il avait hacké la Chine, la Russie ou la Corée du Nord, je dirais que je soupçonne que c’est parce que le monde aime bien voir les États-Unis être affaiblis. En quelque sorte, il s’agit aussi d’un double standard puisque la Corée du Nord a probablement plus à cacher que le Département d’État. De ce fait, j’ai l’impression que s’en prendre à une dictature lui donnerait un peu plus de gloire que les USA. Autrement, mon unique réserve face à Wikileaks concerne les dissidents de régimes peu scrupuleux qui pourraient voir leur vie menacée quand les polices secrètes verraient leur nom.

Car pas tous n’auront la chance de Helmut Metzner, un conseiller du FDP qui a révélé à l’ambassade américaine des informations confidentielles sur la formation du gouvernement en 2009 et qui n’a été que réaffecté à d’autres tâches.


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