Krach – Mensonges radio-canadiens sur l’Islande (2ième partie)

Et c’est reparti pour un autre épisode de Krach. Révision de la première partie ici.

J’avoue que, pour cette semaine, je préférerais le terme « omissions » à « mensonges » puisque je n’ai pas entendu de passage où j’ai réellement voulu m’arracher les cheveux… Si ce n’est le « E » que Jean-François Lépine prononçait dans Landsbankinn.

L’épisode m’a ramené, personnellement, à ce dimanche soir, le 5 octobre 2008 où j’ai constaté que la télévision publique islandaise avait diffusé un bulletin spécial à 23:30. Je me suis dit qu’une catastrophe devait s’être produite, à cette heure là le dimanche, il y a longtemps que la petite salle de nouvelles de la RUV dort!

Le lendemain, à 16:00, le premier ministre Geir H. Haarde s’adressait à la nation (texte). Dans la demi-heure qui suivait, l’Althing adoptait ce que les Islandais connaissent comme la « loi d’urgence », la loi autorisant l’intervention du trésor public en raison de circonstances spéciales dans les marchés financiers. Si vous relisez mes textes écrits à cette époque, il est évident que je comprenais très peu ce qui se passait mais le temps a fait son oeuvre…

Dès les premières lignes, le texte de loi rappelle le caractère extrêmement urgent et rare d’en appeler à l’argent public pour intervenir dans le secteur bancaire. Mais si l’État s’autorise à prendre le contrôle de banques en faillite, il les laisse toutefois tomber: en article 1, la loi mentionne que le ministère des finances utilise « son » capital pour créer de nouvelles institutions financières à partir des biens d’institutions financières en faillite.

Les trois banques islandaises ne sont donc pas « bailed out » à proprement parler: on les laisse plutôt faire faillite et on les récrée le lendemain, cette fois avec l’État comme actionnaire super-majoritaire. C’est donc dire que les actionnaires des banques originales ont perdu leur argent, bien que la nouvelle banque ait hérité des dettes de celles-ci (corrigez-moi si nécessaire!). Notons aussi que les « nouvelles banques » ne concernaient que leurs actifs islandais.

Mais Radio-Canada, comme de nombreux médias, a mal situé la crise islandaise dans le temps. S’il est vrai que c’est la chute de Lehman Brothers qui fait s’effondrer Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing, à compter du 29 septembre 2008, il faut remonter encore pour commencer à parler de crise….et de ses causes!

Pour les Islandais, la crise débute non pas en octobre mais en mars, pour ne pas dire à la fin 2007 lorsque la bourse commence à descendre. Le 17 mars 2008, la couronne islandaise chute de 7% en une seule journée. À compter du 10 mars, la Banque Centrale d’Islande commence à imprimer de l’argent, à la demande des banques qui manquent de plus en plus de liquidités. L’inflation s’emballe, tout comme le taux de change.

En termes concrets, qu’est-ce que ça veut dire l’inflation pour les Islandais? Ça veut dire ceci. Même en trois mois, la différence se faisait sentir à l’épicerie (voyez toute la liste des « études de prix » faites par le syndicat ASI).

Quant aux taux de change, dans un pays qui importe tout, vous comprendrez l’effet dévastateur d’avoir une monnaie qui s’effondre… Les restaurants de Reykjavik vont même cesser de servir plusieurs aliments au lieu de les importer à des prix trop élevés.

Le taux de change a aussi un effet catastrophique sur un phénomène dont Radio-Canada n’a pas parlé, puisqu’il ne concerne que les Islandais. Les prêts en monnaie étrangère. Les conseillers financiers islandais ne prêtaient pas en couronne, mais en yen, en euro, en dollar américain… Imaginez le résultat quand la couronne perd 50% de sa valeur!!!!

Mais là-dessus, pour faire un parallèle avec le marché immobilier américain, il faut être deux pour danser le tango. C’est à l’emprunteur, et non pas à la banque, de déterminer ses besoins en crédit et savoir les respecter. Ce n’est pas le voisin qui a surendetté les ménages islandais, je ne suis pas tout d’accord avec le fait de faire porter tout le blâme aux banques.

Parce que les banques ont certainement un blâme à porter, en fait le milieu politico-financier. En Islande, l’État imprimait tout l’argent qu’elles demandaient. Ne pas avoir eu l’oreille attentive de la planche à billets, elles auraient « slaquées » au moins plusieurs mois à l’avance.

Comme Egill Helgason a dit, c’est un monde qui a grossit très vide et qui pensait être meilleur que les autres. Ces banques, avec aucun étranger sur leurs CA, achetaient des chaînes de magasins, des compagnies aériennes, etc… Avec les fonds des épargnants, séduits par les comptes à 10% d’intérêt, mais aussi avec la garantie que toutes les couronnes nécessairement seraient imprimées…

Et même à la fin, on était croche. Le 6 octobre 2008, Landsbankinn prêtait 35 milliards ISK à un milliardaire russe. Rendu là, c’est carrément de la fraude… Et parlant de fraude, ceci pourra vous intéresser

Dans le premier épisode, Radio-Canada traitait David Oddsson comme un quasi-criminel pour avoir privatisé les banques et « l’île » ». Mais ce n’est pas comme premier ministre qu’il s’en comporté en « mafieux » mais comme gouverneur de la Banque Centrale d’Islande (seðlabankastjóri). Passer à côté, c’est refuser de voir que les banques centrales peuvent être fautives.

Sauf que, quand j’entends les gens de la SRC, comme Gérald Fillion, ou encore Jean-François Lépine qui semble déplorer l’absence de bail out à Lehman Brothers, je me demande s’ils peuvent vraiment, crédiblement, accuser un monétariste comme David Oddsson alors qu’ils sont eux-même keynésiens!

Pour le reste de l’épisode, on va chez Le Libertarien

Suite la semaine prochaine

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3 Responses to “Krach – Mensonges radio-canadiens sur l’Islande (2ième partie)”


  1. 1 M.H. lundi, 24 janvier 2011 à 11:30

    Vous semblez en savoir beaucoup du cas islandais. Puis-je vous poser une question ?
    Est-il vrai que les secteurs les plus touchés sont l’industrie de l’aluminium et l’industrie de la construction ?
    En outre, le pays exporta essentiellement des services financiers et importait d’importants biens de consommation, de sorte qu’un énorme déficit commercial s’est développé. Cela aussi est véridique ?


  1. 1 Radio Canada – KRACH – Épisode 2 « Le Libertarien Rétrolien sur jeudi, 3 février 2011 à 13:40
  2. 2 Krach – Mensonges radio-canadiens sur l’Islande (4ième partie) « Trop penser, ça donne un blogue… Rétrolien sur mardi, 8 février 2011 à 23:36

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