La liberté est-elle une valeur québécoise?

C’est une question dure mais qui vaut définitivement la peine d’être posée alors que l’on est entré dans la phase « téléthon » de la croisade de Jean Tremblay pour continuer à se comporter comme un Béret Blanc au conseil municipal de Saguenay.

Si je peux me permettre de débuter en commentant les développements de la journée, je vais vous avouer être tout à fait stupéfait de voir que plus de 23000$ ont été amassés pour financer les déboires judiciaires du maire en 24 heures.

Stupéfait parce que la collecte de fonds n’est pas exactement une manière habituelle de fonctionner au Québec, on préfère que ce soit l’État qui paie. Où sont ces généreux donateurs quand vient le temps de rénover une église? d’empêcher qu’elle soit vendue? Habituellement très occupés à réclamer que les municipalités ou la province nationalisent le patrimoine religieux…. « parce que c’est à nous ».

Sachant combien la culture régionale repose sur le népotisme et les faveurs aux gens qui votent du bon bord, je ne serais pas non plus surpris que certains donateurs espèrent davantage obtenir des contrats municipaux qu’une place au Ciel.

Maintenant, je sais, hier je n’avais pas encore assez réfléchi pour bien asseoir ma position. Ce soir, je suis en mesure d’être plus clair…

La vraie position laïque, celle qui respecte la séparation de l’Église et de l’État et la liberté de conscience de chacun, c’est le moment de silence en début d’assemblée. Ça permet aux religieux, qu’ils soient chrétiens, juifs, musulmans ou raéliens, de prier comme ils veulent en silence tandis que les autres sont libres de se gratter la poche ou de se demander s’ils ont bien fermé le four avant de quitter. Et ça constitue la définition légale d’accommodement raisonnable, puisque chacun fait ce qu’il veut sans brimer son voisin.

Je n’achète pas cette théorie selon laquelle 20 secondes de prière catholique causeraient suffisamment de tort à quelqu’un pour justifier 30000$ en dommages psychologiques. S’il cherche à se payer un char de l’année avec ça, c’est raté selon moi.

Mais je l’ai dit et je le répète: les autres religions n’ont jamais rien eu à voir avec la campagne du Mouvement Laïque Québécois pour éliminer la prière des conseils municipaux. Les personnes qui veulent mêler la pluralité religieuse du Québec d’aujourd’hui à ce débat ont tort, elles utilisent le prétexte pour faire passer leur agenda radical sur les questions de l’immigration.

Sur Facebook, des gens nés bien après que le Québec ait évacué le catholicisme se sont soudainement braqués. Ils ne sont pas mariés, ils ne font pas baptiser leurs enfants, ils ont oublié leurs prières et ne sont pas allés à l’église depuis la mort de leur grand-mère il y 8 ans mais, non, « Jean Tremblay se tient debout pour nous ».

Pour nous? J’en ai rien à cirer de la religion catholique, bien que je sois capable d’admettre que ses valeurs de base ne sont pas des mauvais principes philosophiques en soi. La « menace » d’une personne d’une religion différente ne rendra pas croyant, pas du tout.

En septembre dernier, j’ai été invité à un baptême orthodoxe. Baptême qui a été reporté, la maman étant « dans sa semaine » et les femmes orthodoxes menstruées n’ont pas le droit d’entrer à l’église. Vous savez quoi? J’ai RI. J’ai dit à mes amis que ça ne faisait rien, que le « curé » n’avait pas à le savoir… On m’a répondu que c’est péché de pas le dire, bla bla bla… Je persiste: une « affaire simp » comme on dit au Saguenay.

Sauf que même si je trouve ça niaiseux, de quel droit puis-je imposer ma position à mes amis qui font baptiser leur fille?

La culture québécoise aime bien quand ses moutons rentrent dans le rang. Le plus jeune frère de ma mère est en couple avec une végétarienne depuis une quinzaine d’années, et c’est encore un sujet à commentaire… Il n’y a pas si longtemps, ma grand-mère a dit, en parlant de leur plus jeune fille, « ça va finir par lui passer, cette affaire simple là de ne pas manger de viande ». Sacrement, laissez le monde manger ce qu’ils veulent!

Je l’ai dit souvent, mon père n’est pas le plus tolérant envers les autres nationalités. Si ça n’était que de lui, il n’y aurait que des Blancs en Amérique du Nord. Mais c’est beaucoup plus que ça, il n’aime pas les gens qui ne sont pas comme lui. Il a toutes les raisons du monde pour chialer contre les Arabes, les BS, les Indiens, ses collègues de travail, jusqu’à sa propre femme et ses deux fils, et ce toujours pour la même raison: ils ne font pas « comme du monde », c’est à dire comme lui. À la limite, ce n’est pas du racisme, il est tout simplement convaincu de détenir The Secret.

J’ai grandi avec ça, j’ai appris à dealer avec. Et je demeure convaincu que c’est une caractéristique très bien implantée au Québec, à degrés différents évidemment.

De manière plus globale, je me souviens des commentaires lors de la Commission Bouchard-Taylor: « les libertés individuelles ont trop de poids sur la libertés collectives ». Une phrase erronée, une conception de la liberté qui n’en est pas une puisque celle-ci serait tributaire du groupe.

L’histoire nous apprend qu’il faut toujours faire attention, s’en prendre aux libertés peut se retourner contre nous.

Dans les années 1920, l’Allemagne a adopté des normes strictes de contrôle des armes à feu afin de désarmer les Nazis. À peine cinq ans plus tard, les Nazis, au pouvoir, usaient des mêmes lois pour désarmer leurs adversaires.

Parce que c’est « Nous », vous voulez permettre à Jean Tremblay de garder son crucifix et son Sacré Coeur à l’hôtel de ville. Réalisez-vous qu’avec la même loi, un maire musulman pourrait décider de faire déplacer la salle du conseil vers La Mecque et exiger qu’hommes et femmes prennent place séparément? Si ça arrive, vous l’aurez cherché!

En économie, on nous sermonne sur l’achat local. Mais il faudrait que toute la planète achète « nos » produits, que des entreprises se laissent acheter par les « nôtres » sans jamais pouvoir investir ici… C’est pas comme ça que ça marche: pour vendre à l’étranger, il faut aussi acheter à l’étranger.

Les intégristes athées sont en admiration devant la Loi Stasi, qui interdit les signes religieux ostentatoires dans les écoles en France. Loi qui a été principalement votée pour contrer le voile islamique. Mais qu’est-ce qui s’est passé rendu à Noël? Oops, c’est interdit aussi.

En matière de religion, comme dans tout le reste du droit, il n’y a pas deux mesures possibles: Sois on permet toutes les religions ou aucune.

Tant qu’à me questionner si la liberté est une valeur québécoise, je reviens sur une affirmation éminemment stupide dans le contexte: « Si on allait dans les Pays Arabes, est-ce qu’on pourrait X? »

Pour moi, cela revient à avoir très peu d’estime pour nos libertés si chèrement acquises au fil du temps, bien que les Canadiens-français n’aient pas un large historique de militantisme dans cette direction.

Il faut avoir du front tout le tour de la tête, manquer gravement de jugement, pour comparer sérieusement une démocratie libérale comme la nôtre avec des dictatures moyen-âgeuses où l’on coupe une main pour le vol d’une pomme et on lapide des femmes. L’Arabie Saoudite et l’Afghanistan sont sans pitié pour la simple possession d’une Bible et ça devrait être un modèle à suivre en Occident?

Nos droits et nos libertés, qui doivent être vénérés et respectés, se doivent d’être une fierté et servir comme un idéal universel. Une personne qui souhaite que le Québec traite les musulmans comme l’Arabie Saoudite les chrétiens, ce n’est pas une personne qui a des valeurs occidentales selon moi.

Et depuis quand est-ce qu’on souhaite être pire? Quelle personne sensée dirait « Eux autres ils l’ont l’affaire au Mozambique, ils sont tellement pauvres ».

Alors pourquoi faudrait-il envier les libertés inexistantes du Monde Arabe?

Je vous laisse sur les sages paroles du Pasteur Martin Niemöller:

Lorsqu’ils sont venus chercher les communistes
Je me suis tu, je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes
Je me suis tu, je n’étais pas syndicaliste.
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs
Je me suis tu, je n’étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

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1 Response to “La liberté est-elle une valeur québécoise?”


  1. 1 Jeff B. vendredi, 18 février 2011 à 23:50

    Oh ! Je ne m’attendais pas à une récolte aussi importante d’argent aussi rapidement. C’est effectivement très surprenant. Je suis tout à fait d’accord que l’accomodement raisonnable dans cette histoire est un momnet de réflexion silencieux. Ca calme les esprits un peu trop chauffés avant l’ouverture, ca marque une pause pour travailler selon les procédures et chacun peut utiliser cette période de la façon dont il l’entend comme vous l’avez souligné. Dans ce domaine, je crois que c’est un peu du tout ou rien. Soit on permet tous les signes religieux, soit on en permet aucun; un principe assez contraire à nos habitudes québécoise qui adorent créer constamment des exceptions à gérer.

    « les libertés individuelles ont trop de poids sur la libertés collectives » est une des choses les plus fausses en vogue depuis longtemps selon moi. Un groupe n’a pour liberté que la somme vectorielle des libertés individuelles, un groupe ne possède pas de liberté en soit. Il en va de même au niveau des droits.


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