Archive pour 20 février 2011

Icesave: Un deuxième référendum en un an

La semaine dernière, après bien des délibérations, l’Althing adoptait la troisième mouture de l’accord avec Londres et La Haye concernant l’indemnisation des épargnants floués par la chute de la filiale de Landsbankinn Icesave. 400000 Britanniques et Néerlandais ont perdu de l’argent, argent qu’ils ont partiellement récupéré par leurs gouvernements respectifs, qui essaient depuis 3 ans de se faire rembourser par l’Islande.

Il s’agit du troisième essai. Le premier a été rejeté par la classe politique, on trouvait que l’échéancier ne respectait pas du tout la remise sur pied de l’Islande. La deuxième, un peu mieux, n’a pas reçu la sanction présidentielle et c’est le peuple qui s’est chargé de le mettre aux poubelles le 6 mars 2010 – dans une proportion de 93%.

En tout, l’État islandais doit près de 4 milliards de dollars. Icesave 2 proposait un remboursement échelonné entre 2016 et 2024, à 5% d’intérêt.

Icesave 3, adopté par l’Althing par 44 voix contre 16 (3 abstentions), prévoit un remboursement réparti sur 30 ans, de 2016 à 2046, à 3% (NL) et 3.3% (UK) (BBC News). Personnellement, j’ai été de ceux qui ce sont dits: Dur d’avoir meilleur deal, aussi bien voter oui.

Sans aucune surprise de ma part, au cours d’une conférence de presse dimanche après-midi, Ólafur Ragnar Grímsson a annoncé la même chose que l’an dernier. Traduction officielle de sa déclaration.

Je pense que le référendum est inévitable, dans la mesure où ce fut la méthode employée l’an dernier, et qu’une si grande « aventure » financière doit être approuvée directement par les électeurs. Sans oublier la pétition de 40000 noms exigeant un référendum: impossible de refuser! Ceci dit, et on en parlait sur twitter pendant la conférence de presse, le réflexe du contribuable ne peut être que dire non.

Au moins, même si l’accord est rejeté, étant plus correct que les précédents, on peut s’attendre à plus de discussions et la formation d’un camp du oui officiel.

Ceci dit, ayant échangé avec des opposants à tout règlement, je comprends très bien leur position: Toutes ces négociations équivalent à négocier une sentence judiciaire d’une personne condamnée malgré son innocence. Je serais également curieux de voir une cour de justice européenne se prononcer sur le dossier, les Britanniques et les Néerlandais voulant éviter coûte que coûte qu’un tribunal s’en mêle.

Politiquement, c’est une autre claque au visage du gouvernement de Jóhanna Sigurðardóttir, qui se dit déçue. Un deuxième veto présidentiel, sur un même sujet, c’est évidemment assez pour causer de sérieux doutes sur la possibilité du gouvernement de terminer son mandat.

Par ricochet, ça nous ramène au débat – suspendu depuis le jugement de la Cour Suprême – sur la révision de la constitution. Le Président de l’Islande n’est qu’une figure symbolique, comme nos Gouverneurs Généraux, et bien qu’il possède le droit de veto, ce dernier était pratiquement que théorique jusqu’à ces dernières années. Les constitutionnalistes islandais sont en devoir de se demander si le régime parlementaire n’est pas en train de glisser vers le présidentiel, même si Olafur affirme que le référendum signifie faire décider « l’autre législateur ».

Pas de commentaires à Londres mais, à La Haye, des responsables ont indiqué qu’il n’y aurait pas d’autres négociations.

Vraiment, ce soir, j’ai juste envie conclure: la merde est pognée et je doute réellement que l’on trouve une issue d’ici quelques temps. Un dossier à suivre!

Silfur Egils de dimanche
Aukafréttir: Fréttamannafundur forseta Íslands vegna Icesave

Avec tous mes sites islandais préférés: RUV.is, Visir.is, DV.is, Icelandreview.com, Grapevine.is, Pressan.is, Eyjan.is, Mbl.is

Pétrole norvégien: Derrière les lunettes roses

Dans La Presse, Stéphanie Grammond qualifie le pétrole norvégien de « socialement responsable ». Dans un autre texte, elle s’étonne presque de voir qu’Oslo a choisi de ne pas gaspiller les revenus du pétrole.

Vendredi à 13:00, Simon Durivage a discuté avec Normand Mousseau et les téléspectateurs de RDI d’un modèle financier pour l’exploitation des ressources naturelles. On a vanté la Norvège sans arrêt.

Mais est-ce que c’est aussi beau qu’on le dit? Est-ce que c’est compatible avec les « valeurs québécoises »? Je ne crois pas.

La mythologie nationaliste québécoise nous répète inlassablement que les Québécois ne paient pas leur électricité cher parce que la ressource est ici, qu’elle est « à nous » et que c’est en vendant son électricité aux Américains au prix du marché qu’elle est capable d’être la vache à lait du gouvernement. Ironiquement, on bloque toute tentative de privatisation, même partielle, parce que « les profits doivent nous revenir » et on apprenait cette semaine que la « gauche réformiste » de François Legault a toute sorte de projets à financer avec les revenus d’Hydro-Québec.

Si on appliquait la même logique à du pétrole/gaz québécois nationalisé (comme le souhaitent ardemment le PQ et QS), « Pétro-Québec » nous vendrait l’essence ordinaire à 0.25$ le litre et ferait des profits avec la vente de pétrole sur les marchés mondiaux aux prix réguliers. L’exemple iranien quoi!

Au même moment, Statoil vend l’essence ordinaire à 2.39$ le litre. Un des plus chers au monde, un prix du marché accompagné de fortes taxes. Rien à voir avec notre électricité subventionnée, dont le bas prix est vanté par HQ.

Les Norvégiens « encannent » l’argent du pétrole. Pas plus de 4% des revenus du fonds pétrolier ne peuvent servir par année et la majorité de l’argent est « gelé » pour 60 ans. L’optique est d’étirer la longévité de l’État-providence, d’assurer des revenus une fois que le pétrole sera épuisé.

Oslo n’utilise donc pas le pétrole pour faire des cadeaux aux électeurs, comme l’envisagent d’ores et déjà les politiciens québécois. La structure fiscale norvégienne est donc pareille à celle de ses voisins: une population qui paie, sans exception, jusqu’à 47-50% d’impôts, une taxe de vente de 25% sur tout et des taxes indirectes sur des tonnes de produits.

Très subventionnée, l’agriculture norvégienne tire le prix des aliments vers le haut. Au point où, comme les Québécois vont en Ontario ou aux USA, les Norvégiens vont magasiner en Suède pour sauver de l’argent. Le prix du lait y est plus que le double.

Un coup d’oeil au site web sur les listes d’attente en santé nous apprend que, sur le terrain, les services publics norvégiens ne semblent pas bénéficier des revenus pétroliers.

D’ailleurs, les finances publiques norvégiennes, bien que meilleures que les nôtres, ne sont pas parfaites: Une dette publique équivalent à 43% du PIB, c’est gros quand 25% de nos revenus viennent de l’or noir!

Pendant ce temps, la « méchante » Alberta, celle qui a bradé son pétrole à des vampires capitalistes étrangers, n’a plus de dette, dégage un surplus de 5% du PIB (stats)…tout en ayant aboli la taxe de vente et l’impôt provinciaux! Le problème vécu au Québec, où les compagnies minières versent des redevances jugées dérisoires, ne serait donc pas dû à leur propriété privée mais bien à l’incapacité de nos politiciens à faire appliquer les règles.

On pourrait aussi déduire que les Norvégiens profitent moins du pétrole que les Albertains et, surtout, qu’ils sont beaucoup trop responsables pour que leur modèle soit applicable au Québec!


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