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1938 est encore proche…

Le 9 novembre 1938, les Nazis s’en prenaient à la communauté juive en représailles à l’assassinat du diplomate Von Rath à Paris. On a donné à cet évènement le nom de « Kristallnacht » (Nuit de Cristal), bien que l’Allemagne moderne y préfère « Reichspogromnacht » – les coupables sont ainsi identifiés, et on comprend que ce n’était pas une fête!

C’est bien malheureux mais l’actualité judiciaire berlinoise nous apprend que le passé vit encore parmi nous. Mardi soir, dans Lichtenberg, un Africain a été sauvagement battu. S’en est suivi un incendie criminel dans maison de jeunes appartenant à un mouvement de jeunesse socialiste, le deuxième en moins d’un mois.

Ce ne sont pas des évènements qui surprennent, on sait que les Néonazis agissent souvent lors de tels « anniversaires ». Même si c’est marginal, ça reste que ça fait partie de la vie dans l’est de l’Allemagne. Je sais que, devant quelqu’un vêtu tout en noir, il ne faut pas s’ouvrir la bouche. Quand j’ai enseigné le français dans le Landkreis Sachsische Schweiz, haut lieu du néo-nazisme, je me souviens que la police cherchait de la littérature du NPD dans les écoles et que les parents y étaient d’une vigilance envers leurs ados pour éviter qu’ils entrent en contact avec le « milieu ».

Car on m’a tôt appris que les Nazis, comme une secte, recrutent leurs adeptes quand ils sont jeunes et naïfs. En ex-RDA, leurs proches possèdent écoles de conduite, discothèques pour ados, ils sont bénévoles à l’aide aux devoirs, s’impliquent dans les associations sportives… L’extrême-droite courtise donc les gens de la même manière que la gauche, un phénomène qui semble mystifier plusieurs mais qui ne surprend personne ayant constaté que les deux disent à peu près la même chose et s’adressent au même public.

C’est d’ailleurs pour cela que Nazis et Communistes s’entre-tuaient dans l’Allemagne des années 20. Et qu’aujourd’hui, que des Néonazis mettent le feu à des maisons de jeunes où vont des enfants aussi jeunes que 6 ans se font « éduquer dans une perspective socialiste » (wikipedia).

Certains n’ont définitivement pas retenu les leçons de l’histoire.

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S’en prendre à Deutsche Bahn: du sabotage, du terrorisme dit l’Allemagne

Depuis un bon moment, il est fréquent pour l’extrême-gauche berlinoise de revendiquer des incendies criminels de véhicules, en particulier haut de gamme. D’ailleurs, la soi-disant mollesse des autorités à l’égard de ces nombreux incidents a été fréquemment relevée pendant la dernière campagne électorale.

Non contents de s’en prendre aux Mercedes et BMW, c’est maintenant Deutsche Bahn qui est la cible de ces inconnus. Une situation qui rappelle les années 1970 et qui, constitution oblige, interpelle le gouvernement fédéral et une toute autre répondre que celles des procureurs berlinois.

Depuis le début de la semaine, 7 dispositifs pouvant incendier des trains ont été découverts à Berlin. La justice fédérale a pris le relais et l’enquête a pris une tournure plus sérieuse: on parle désormais de terrorisme, de « sabotage anti-constitutionnels », aux dires de l’article 88 du code pénal. La CDU applaudit, c’est la première à dénoncer le SPD et Die Linke, jugeant qu’ils ferment les yeux sur les gestes de l’extrême-gauche pour ne regarder que ce qui se passe à l’extrême-droite.

Or, si on ne prend que les 6 premiers mois de cette année, les nazis ont perdu face aux communistes: la police berlinoise recense 823 crimes d’extrême-gauche, violents pour la plupart, contre 585 délits d’extrême-droite, pour la plupart liées à la distribution de matériel (en Allemagne, on ne surveille pas que la drogue dans les écoles….).

Et même si je sais qu’un nazi et un communiste, c’est du pareil au même, n’allez pas dire cela en Allemagne sous peine de choquer, et surtout pas aux fonctionnaires de l’Office de la Protection de la Constitution, où il s’agit de deux champs d’intervention séparés…ici.

Der Tagesspiegel, Die Welt et Berliner Morgenpost.

Terror i Norge

C’est dans les moments comme ça comme je regrette le plus mon choix d’aventure. Comme chaque fois que l’histoire s’écrit, j’aurais voulu passer des heures devant ma télé et mon ordi pour m’informer. Au moins, j’aurais aimé que, vendredi après-midi, le wifi de Grand Turk me permettre de regarder un peu NRK1.

Je me souviens très bien qu’il y a bientôt 10 ans, un certain 11 septembre, la télévision publique norvégienne avait été très lente à réagir parce que c’était l’heure des « petits bonhommes ». Cette fois, c’est presque incroyable, Ekstra Nyhedssending est à peu près la seule chose à l’horaire depuis vendredi 16:00.

J’avoue avoir été très marqué par l’inhumanité de ce crime, jamais je n’aurais cru qu’une seule personne pouvait faire ça!

Sans surprise, je suis dégoûté par plusieurs analyses de cette tragédie, où on cherche à mettre une étiquette politique sur le crime. Comme l’ami Antagoniste, je ne vois aucun lien entre les pensées d’Anders Breivik et le programme du FrP. D’ailleurs, le FrP est aux côtés de Jens Stoltenberg depuis la semaine dernière, on ne parle pas d’un parti politique infréquentable comme le FN, le NPD allemand ou le Dansk Folkeparti! Et ce n’est pas la première fois que les médias norvégiens se moquent des associations, à l’étranger, entre FrP et nazis.

En Norvège, le FrP est comparé aux Républicains, à Margaret Thatcher, pas à Hitler! Bien sûr, il y a bien quelques excités qui font la même bêtise que France 2 ou Richard Hétu mais ce n’est pas si répandu que cela.

CNN International disait samedi que Breivik a déjà été membre du FrP. Mais mis à part les valeurs occidentales, pas certain que ses idées sur l’économie était en ligne avec Siv Jensen! Ceci dit, les services secrets allemands refuse de le dire néo-nazi – permettez-moi de ne pas être d’accord.

Et tandis que la Norvège pleure les victimes, la police est de plus en plus pressée de répondre aux questions du public qui croit que la réaction a été beaucoup trop lente. On verra les résultats de l’enquête.

D’ici là, accompagnons les Norvégiens dans leur deuil.

NRK
TV2
Aftenposten
VG

Le Jambon fait parler de lui

Via la Deutsche Presse Agentur, 8 médias allemands ont repris la nouvelle de notre valeureux compatriote qui pensait que faire un salut nazi devant le Reichstag, c’était « pas ‘rave ».

Rundfunk Berlin-Brandenburg
Berliner Morgenpost section police
Berliner Morgenpost section régionale
Die Welt
Hamburger Morgenpost
Bild section Berlin
Bild section newsticker
BZ

Ce dernier vaut un screenshot. Étant un tabloid, observez bien comment on a présenté ça:

L’article commence par « dümmer geht es nicht » = ça ne peut pas être plus niaiseux. Tagué dans la section « Nazis » et « Extrême-droite », mise en lien avec des articles sur les néo-nazis. Ce qui, en Allemagne, vous rend aussi fréquentable qu’un abuseur d’enfant.

Espérons qu’il retiendra sa leçon dûrement (et chèrement) apprise et, surtout, que je ne l’entende pas pleurer à Mon Topo ou au Vrai Négociateur!

Le terme Jambon vient d’Ostie de Jambon, tweeté par @YvesMath

EDIT: Article dans le Tagesspiegel de dimanche. Le Berliner Zeitung et le Berliner Kurier n’étant pas publiés le dimanche, il a fait le tour!

Heil Hitler: Ceci n’est pas une blague à faire en Allemagne

« Bon, encore un innocent » ai-je déclaré en voyant les journaux berlinois passer ce communiqué de presse de la police: Un touriste fait un salut hitlérien devant le Reichstag.

Et l’innocent vient d’où cette fois:

Ein Tourist aus der kanadischen Provinz Quebec hat am Sonnabend vor dem Berliner Reichstag den „Hitler-Gruß“ gezeigt und ist daraufhin festgenommen worden. Der 30-Jährige habe vor dem Gebäude für eine Foto posiert, was seine 29-jährige Begleiterin aus Niedersachsen machen wollte, teilte die Berliner Polizei am Sonnabend mit. Die Szene wurde den Angaben zufolge von Bundespolizisten beobachtet, die ihre Berliner Kollegen alarmierten. Diese nahmen den Kanadier vorübergehend fest und beschlagnahmten die Speicherkarte der Kamera. Gegen ihn wurde ein Ermittlungsverfahren wegen des Verwendens verfassungswidriger Symbole eingeleitet.

J’ai beau ne pas avoir de fleur de lys tatouée quelque part, c’est immanquable: les « colons de che nous » en à l’étranger, ça me fait profondément honte.

Alors le Champion (ou Capitaine, c’est selon) était avec une amie allemande et s’est mis devant le Reichstag pour prendre une photo avec son bras gauche en l’air. Des policiers fédéraux ont alerté leurs collègues de Berlin, qui ont arrêté le Champion. Les policiers ont supprimé la photo de son appareil et lui ont collé une contravention pour « usage de symboles anti-constitutionnels ».

Article 86a du Code Pénal Allemand. C’est dans section « Attaques contre l’État de droit démocratique ».

Donc, on risque la prison ou une amende donc PAS DE CONNERIE AVEC LES NAZIS LES AMIS!

Communiqué de la police de Berlin

La politisation d’un crime « ordinaire »

Le 11 février dernier, deux peintres attendaient le métro à la station Lichtenberg en fin de soirée. Ils ont été violemment attaqués, sans motif apparent, par trois jeunes.

L’un des deux hommes est toujours dans le coma et lutte pour sa vie. Les trois suspects, des « vieux ados », ont été arrêtés après avoir fui la scène, apeurés par l’arrivée de motards criminalisés qui ont sortir leurs armes.

Par crime « ordinaire », j’entends là que, bien que ce soit odieux, c’est une chose qui se produit malheureusement dans une grande ville comme Berlin.

Dans toutes les villes du monde, ou presque, ce fait divers ne serait devenu qu’une statistique judiciaire anonyme. Mais nous sommes en Allemagne, terre de la chemise brune.

Une fois qu’on a publicisé que les trois suspects étaient des immigrants kosovars et albanais, les néo-nazis se sont emparés de l’affaire.

Vendredi dernier, une semaine après le drame, 200 d’entre-eux ont tenu un rassemblement silencieux à la gare Lichtenberg. Comme toujours, une contre-manifestation de gauche a eu lieu en face.

Maja-Helen Feustel, députée Linke à l’assemblée d’arrondissement de Lichtenberg, et une amie ont été agressées par un inconnu du côté des néo-nazis (Tagesspiegel).

Tous les ingrédients sont maintenant là: nous sommes en présence d’un crime politique.

Violence d’extrême-gauche: Berlin rappelée à l’ordre

L’administration municipale berlinoise a été écorchée au Bundestag ce mercredi, le caucus gouvernemental (CDU-CSU-FDP) ayant exprimé un blâme à l’encontre de sa tolérance envers la violence d’extrême-gauche. C’est le député Kai Wegner (CDU Spandau-Charlottenburg Nord) qui s’est levé en chambre.

Selon l’élu conservateur, la Sénat de Klaus Wowereit regarde ailleurs quand il est question de violence commise par des groupes d’extrême-gauche (et des « vrais », pas Amir Khadir). Anarchistes et communistes en seraient à établir des « zones de non-droit » avec le silence complice des autorités SPD/Linke.

La question est soulevée une semaine après l’évacuation du squat Liebigstrasse 14 dans Friedrichshain. 2500 policiers ont dû intervenir pour sortir des squatters. Il y a eu des dizaines d’arrestations, tant sur place que pendant des marches de soutien dans le quartier, et plusieurs blessés. Les coûts, tant pour le personnel, les frais de cours que les dommages aux biens, n’ont pas toujours pas été évalué.

En images: Ici, ici, ici, ici.

L’édifice était squatté depuis 1990. Après quelques années, la ville leur avait accordé des baux puis le processus d’expulsion a trainé devant les tribunaux après la vente il y a 10 ans.

La Ville de Berlin s’est défendue, disant qu’on avait appelé au calme… Mais come on, ces gens ne sont pas des pacifistes et considèrent que la police doit être battue, alors les mots du Sénateur de l’Intérieur d’un parti « bourgeois » comme le SPD, ils s’en tappent!

La « bataille » avant d’ailleurs commencé. Début janvier, les bureaux de l’arrondissement Friedrichshain-Kreuzberg ont été attaqué et le maire de l’arrondissement (Die Grünen) s’est fait dire qu’on ferait exploser sa voiture BZ. L’an dernier, 30 policiers ont dû protéger un simple stand de la CDU dans l’arrondissement rebelle…

Les anarchistes, communistes et autres « anti-fascistes » se font rarement arrêter, nous rappelait un texte du FAZ l’an dernier. Même si ça ne veut pas nécessairement dire que les autorités ignorent le phénomène, comme par exemple ici ce rapport de 2009.

Ce n’est pas la première fois qu’une personne de la CDU sonne l’alarme sur le freeride qu’aurait la violence d’extrême-gauche par rapport à l’extrême-droite.

Il est vrai que les nazis sont plus violents que les anarchistes. Dans son rapport 2009, le Bundesamt für Verfassungsschutz disait qu’on avait recensé 19468 « crimes politiques de droite » contre 9375 « crimes politiques de gauche » (page 36). Ceci dit, l’extrême-gauche devient plus violente tandis qu’à droite, c’est en baisse.

Évidemment que, dans leurs fondements intellectuels, nazisme et communisme ont beaucoup en commun mais, pour les fins de l’exercice, faisons comme les Allemands: ce sont deux choses opposées.

Mais au-delà de toutes les considérations partisanes, on revient au sempiternel débat sur le romantisme de la gauche versus l’inhumanité de la droite.

Les partis politiques allemands vouent une haine féroce à la « droite », qui signifie les nazis. Au point où les conservateurs de la CDU et les libéraux du FDP se voient comme des partis centristes (ce qui n’est pas faux en pratique, mais on s’éloigne du sujet…). En Allemagne, droite = nazi. Une étiquette présente depuis 80 ans, rien n’y fait. Manifester « gegen Rechts », c’est contre les nazis, pas le FDP.

Au passage, je souligne néanmoins que personne à gauche ne fait d’amalgames douteux entre libéraux et libertariens du FDP avec le nazisme comme on entend à propos du RLQ ou du Tea Party…

En ajoutant l’effet médiatique, je pense que l’on conditionne les Allemands à conclure que la violence politique ne peut être que le fait des nazis. L’extrême-gauche, c’est die Linke, c’est sympathique. Or, ce n’est pas parce qu’on commet moins de « crimes politiques » à gauche qu’à droite qu’il faudrait fermer les yeux.

Il ne viendrait à l’esprit d’aucun Allemand de relativiser le Troisième Reich. Dans la tête des Allemands, le régime nazi est tellement mal, c’est le summum de l’horreur. Pourtant, depuis 60 ans, on est toujours incapable d’avoir une telle unanimité par rapport à la RDA.

La même chose se voit auprès des squatters. Liebigstrasse 14 aurait-elle eu autant de sympathie si ça avait été un squat de nazis? Certain que non. On ne touche pas au « brun »: des propriétaires refusent de louer à des nazis, des banques ferment les comptes de leurs clients d’extrême-droite… Mais s’ils sont rouges, c’est correct!

Je me déclare même coupable: je suis un fan fini du Kunsthaus Tacheles, un squat dans les ruines d’un ancien magasin et dont les jours sont comptés… Mais aller prendre une bière dans une « Nazi-Kneipe » ou à la discothèque nazie en face du Ring Center? Over my dead body!

Mais si je peux me permettre de revenir sur la motion des parlementaires, des députés du SPD et Linke se sont levés pour dire que la violence n’avait pas sa place… Mais Swen Schulz (SPD, Landesliste Berlin) et Halina Wawzyniak (Linke, Landesliste Berlin) ont toutefois trouvé le moyen de faire des liens entre les évènements de Friedrichshain et le désengagement social du gouvernement Merkel… L’art de dire une chose et son contraire.

Ceci dit, la prochaine fois que vous verrez le Black Block dans une manif à la télé, dites-vous qu’à Berlin, ils font partie du paysages dans nos quartiers, tous les jours!

Berliner Morgenpost


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